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« L’aporie de Patzcuaro », Europe, n° 743, André Breton, mars 1991, pp. 3-7.

C’est ici l’introduction au numéro de la revue Europe que j’avais composé avec le concours des meilleurs connaisseurs du poète à ce moment-là. Comme il est de coutume dans l’édition, elle a été publiée en italiques. Je revenais d’une mission de conférences au Mexique, où j’avais suivi le chemin que Léon Trotski, André Breton et leurs compagnes avaient suivi pour me rendre à Guadalajara, ville universitaire délaissée par mes collègues. Et j’avais, en quelque sorte, revécu les échanges difficiles entre les deux personnages que je lisais avec attention, me reportant à leurs débats au centre d’une nature luxuriante, parfaitement dominée par l’homme. La question qu’ils se poosaient reste toujours aussi insoluble, d’où le dénominatif employé dans le titre.

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Table du dossier :

L’aporie de Patzcuaro par Henri Béhar

À livre ouvert… Ou comment ne pas raconter sa vie par Pascaline Mourier-Casile
André Breton et la culture classique par Norbert Bandier
Les manifestes Impressions tardives par Jean-Luc Steinmetz
Délire paranoïaque et poésie, Breton et Dali : le tournant des années trente par Ruth Amossy
La fée noire et la fée caraïbe par Régis Antoine
Magie celte par Jean-Claude Blachère
La “morale poétique” d’André Breton par Jeanne-Marie Baude
André Breton Les femmes et l’amour par Henri Pastoureau
La mythologie de l’histoire par Roger Navarri
L’interlocuteur invisible par Alain Jouffroy

Compléments :

https://classiques-garnier.com/index.php/dictionnaire-andre-breton-lettre-n.html

Henri Béhar, André Breton le grand indésirable, 3e édition, Classiques Garnier, coll. Biographies, 2024 (sous presse).

« Repères chronologiques » [André Breton], Europe, n° 743, mars 1991, pp. 164-168.

Chaque numéro ce la revue Europe consacré à un auteur comporte une chronologie de cet auteur. Il a bien fallu que je m’y emploie en ma qualité de promoteur de l’ouvrage.

Consulter ma chronologie numérique et collaborative : https://melusine-surrealisme.fr/henribehar/wp/?page_id=1177

et le site Atelier André Breton : https://www.andrebreton.fr/fr/card/Chronologie

Prolongements :

https://classiques-garnier.com/index.php/dictionnaire-andre-breton-lettre-n.html

Henri Béhar, André Breton le grand indésirable, 3e édition, Classiques Garnier, coll. Biographies, 2024 (sous presse).

« André Breton désocculté », Mélusine n° XXXVII, L’or du temps, 2017, avec Françoise Py, pp. 11-27.

Actes du colloque de Cerisy : L’or du temps — André Breton — cinquante ans après. 11-18 août 2016. Direction : Henri BÉHAR, Françoise PY : http://www.ccic-cerisy.asso.fr/breton16.html

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TABLE de ce volume :

L’OR DU TEMPS — ANDRÉ BRETON 50 ANS APRÈS : «JE CHERCHE L’OR DU TEMPS »

Henri BÉHAR et Françoise PY André Breton désocculté …………………………………………………… 11 Georges SEBBAG André Breton 1713-2016 …………………………………………………… 29 Hans T. SIEPE « C’est l’attente qui est magnifique ». L’actualité d’André Breton de nos jours ………………………………. 41 par Jean-Michel DEVÉSA André Breton et l’écriture contemporaine de soi ou le « plus-que-roman » de Philippe Sollers ……………………….. 53

Stamos METZIDAKIS — Violaine WHITE Coup de grâce surréaliste à la collaboration littéraire ? ………….67

II «DIS-MOI QUI TU HANTES?»

Patrice ALLAIN Nantes. Qui me hante ? …………………………………………………….. 85 Daniel BOUGNOUX Le duel Aragon-Breton ……………………………………………………… 103

Thomas GUILLEMIN Comment André Breton a suicidé Jacques Vaché ………………… 117 Alessandra MARANGONI Laforgue et Max Jacob Lacunes d’André Breton comblées par le Grand jeu …………….. 131 Alexandre CASTANT Le Belvédère Breton (dans les yeux d’André Pieyre de Mandiargues) ………………….. 145 Bruno DUVAL Le calendrier parfait de Proust à Breton en passant par Hardellet …………………………………………………… 159

III ANDRÉ BRETON CRITIQUE D’ART, ARTISTE ET COLLECTIONNEUR

Misao HARADA André Breton critique d’art : l’exemple de Watteau ……………….. 173 Jean ARROUYE Histoire de la main de feu ou les enseignements de l’angoissant voyage ou l’énigme de la fatalité de Giorgio De Chirico dans Nadja ….. 187 Pierre TAMINIAUX André Breton et l’art des fous : l’appel de la liberté ……………… 197 Stéphane MASSONET André Breton, collectionneur de primitivisme ……………………….. 207 Sophie BASTIEN Les suites des « grandes proses » dans la production contemporaine ……………………………………… 221

Elza ADAMOWICZ Relire les collages d’André Breton : entre les ciseaux et la vie . 233 Sébastien ARFOUILLOUX Le domaine musical et sonore d’André Breton …………………….. 247

IV ANDRÉ BRETON ET LA SCIENCE

Jean-François RABAIN André Breton, l’écriture automatique et la psychanalyse ……….. 263 Jean-Claude MARCEAU L’Entre-deux du surréalisme et de la psychanalyse ou la rencontre de la guêpe et de l’orchidée ……………………….. 279 Gabriel SAAD André Breton et la science de son temps vers une épistémologie du surréalisme……………………………….. 291

V «DIS CE QUI EST DESSOUS, PARLE?»

Masao SUSUKI Les médiums et leurs traces : Breton lecteur de Flournoy ……… 303 Cédric PÉROLINI Aragon est mort, André Breton est vivant : le surréalisme face à la presse libertaire …………………………….. 315

VI MYTHOLOGIE DU FUTUR

Noémie SUISSE Iconographie d’André Breton : une mythologie de la tête ………. 329

Alain CHEVRIER André Breton au miroir de ses parodies ……………………………… 339 Constance KREBS Le site André Breton comme mode de pérennisation ……………. 359

Wolfgang ASHOLT De la mythologie moderne et du mythe personnel au mythe collectif : fonctions du mythe chez Breton ……………………………. 371

Échos :

Un point de vue très personnel dans Jeune Cinéma : https://www.jeunecinema.fr/spip.php?article1204

Le Monde, « Redécouvrir André Breton » : https://www.lemonde.fr/arts/article/2016/09/29/redecouvrir-andre-breton_5005343_1655012.html

« C’est l’attente qui est magnifique » : https://www.canal-u.tv/chaines/la-forge-numerique/c-est-l-attente-qui-est-magnifique-l-actualite-permanente-d-andre-breton

Atelier André Breton : Colloques, journées d’étude : https://www.andrebreton.fr/eventcategory/colloques,_conferences,_journees_d’etudes1

Jacques Vaché par Thomas Guillemin : https://www.lyceedenantes.fr/heloise/20160813-andre-breton-ma-suicide/

Intervention de G. Sebbag : https://www.philosophieetsurrealisme.fr/12-aout-2016-andre-breton-1713-2016/

Philippe Sollers et le surréalisme : https://www.pileface.com/sollers/spip.php?rubrique85

Lire  :


Ferdinand Alquié,
Philosophie du surréalisme, 1955, nombreuses rééditions.

Actes du colloque de 1966 :
Réédition : : Hermann Éditeurs (site internet)
Collection : « Cerisy / Archives »

Prolongements :

Colloque Cerisy 2021, Mandiargues, écrire entre les arts : https://cerisy-colloques.fr/mandiargues2021/

Colloque de Cerisy 2022 : Claude Cahun, inclassable et exemplaire : https://cerisy-colloques.fr/claudecahun2022/

« La transparence et l’obstacle », dans La Maison de verre, André Breton initiateur découvreur, Les Éditions de l’amateur/Musée de Cahors, p. 11-18.

Catalogue de l’exposition André Breton la maison de verre, Cahors, du 20 septembre 2014 au 1er février 2015.

Voir le site de l’exposition :

La Maison de verre, André Breton initiateur découvreur – Musées Occitanie (musees-occitanie.fr)

et l’article : André Breton œuvre surréalisme : l’expo à voir | A vos agendas, le blog sur les dates à ne pas manquer (cotemaison.fr)

Le catalogue :

Table des matières :

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« La pensée de minuit ? C’est midi ! »

dans Les Rencontres méditerranéennes Albert Camus, Albert Camus et la pensée de midi, éd. A. Barthélemy, Avignon, 2016, p. 45-58.

Albert Camus et la pensée de midi

Publication des actes du colloque 2013 : L’expression « pensée de midi » est peut-être, plus encore que les termes révolte et mesure, l’expression qui résume de la manière la plus condensée la réflexion de Camus. On trouve en elle les divers axes autour desquels sa réflexion se meut. Elle se veut d’abord pensée, avec tout ce que ce mot suggère d’appropriation de la tradition, de recherche de clarté et de rigueur. Mais elle est pensée de midi: en ce dernier mot les significations et les connotations se bousculent. Midi est mesure du temps et renvoie au mystère du temps qui s’écoule. La Pensée du midi est donc une pensée, mais une pensée centrée sur un jeu d’oppositions et de métaphores, où le soleil, la lumière et l’ombre occupent une place centrale.

Association des Amis d’Albert Camus: ww.rencontres-camus.com

Présentation des rencontres Albert Camus :

Présentation des Rencontres – Rencontres Méditerranéennes Albert Camus (rencontres-camus.com)

« La pensée de minuit ? C’est midi ! »
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La pensée de minuit ? c’est midi !

Il y aura bientôt un an que Jean-Louis Meunier me demandait de participer à ces rencontres méditerranéennes Albert Camus, en souhaitant me voir traiter de « la pensée de minuit selon Breton, par rapport à la pensée de midi selon Camus ».

Il faut vous dire que le syntagme « pensée de minuit » n’a jamais été employé, à ma connaissance (et à celle du golem à ma personne attaché) par André Breton ni par ses amis. En d’autres termes, elle ne fait pas sens chez les surréalistes. Je m’assure qu’elle n’est même pas employée par Albert Camus en consultant la base de données textuelles Frantext, qui contient quasiment toutes les œuvres de notre prix Nobel, y compris ses adaptations.

J’aurais eu tendance à répondre par la négative à l’aimable sollicitation de notre ami, si quelques jours auparavant (le 13 septembre 2012 exactement) n’avait été mis en ligne un bref article de Raphaël Denys : « Le surréalisme et la pensée de minuit », par les soins de la revue La Règle du jeu.

Cette apparition m’apprenait que pour au moins un lecteur du surréalisme, ce mouvement aurait pratiqué une telle pensée, évidemment opposée à celle que résumait Albert Camus dans le syntagme « pensée de midi », que lui-même n’employa qu’à deux reprises, en tout et pour tout, uniquement dans L’Homme révolté.

Ce bref article situait le surréalisme de 1939 jusqu’à la publication de L’Homme révolté en 1951. L’aperçu historique n’était pas flatteur pour le mouvement révolutionnaire. L’affirmation suivante me fit dresser l’oreille : « Or, exceptés quelques traits polémiques, rien d’outrancier dans ce que vient d’écrire Camus. » Quelques lignes plus loin, l’énoncé : « Dans la nuit surréaliste, le réel, le social, le politique ne sont que secondaires » me fit m’interroger sur la compétence de l’auteur. Excluant les guillemets et mené au style indirect libre, son discours ne permet pas de savoir qui parle. La conclusion ne faisait aucun doute : « Voilà en somme ce que fut l’expérience surréaliste, une expérience ontologique du négatif, une pensée de minuit dans la nuit du 20e siècle. À BAS TOUT ! hurlait Dada. Rien à sauver. » Ainsi, le critique se substituait au penseur original, pour lui faire dire ce qu’il voulait entendre ! D’ailleurs, il ne cachait pas son parti pris en avouant : « Je repense à mon adolescence et ne puis que donner raison à Camus. » Pourquoi faut-il que la critique idéologique soit toujours menée d’un seul côté ? je me le demande encore !

Il me fallait aller y voir de près. J’acceptai donc l’invitation, ne fut-ce que pour vérifier avec vous la teneur réelle des propos d’Albert Camus.

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Pour situer la prétendue « pensée de minuit » par rapport à la « pensée de midi » formulée par Camus, il me faut, en bonne méthode, commencer par la définir, alors même que nos conclusions sur le sujet ne sont pas encore tirées.

Je le ferai le plus brièvement possible, en rappelant d’abord les deux occurrences où le romancier-philosophe use de cette expression :

c’est à la fois le titre d’une section et de l’avant-dernier chapitre de L’Homme révolté (p. 367), celui-ci référant immédiatement au syndicalisme révolutionnaire, pris comme exemple de réalisme conquérant ;

c’est ensuite une exclamation lyrique : « Une fois de plus, la philosophie des ténèbres se dissipera au-dessus de la mer éclatante. O pensée de midi, la guerre de Troie se livre loin des champs de bataille » (L’Été, 1954, p. 140, L’exil d’Hélène)

Si l’on interroge le contexte, on voit bien que le syntagme « pensée de midi » postule une notion d’équilibre, de mesure, en pleine lumière, ce que Jacqueline Lévi-Valensi résume ainsi : « L’art, cependant, atteste que ‘‘l’homme ne se réduit pas à l’histoire’’, et la ‘‘pensée de midi’’, tension entre le ‘‘oui’’ et le ‘‘non’’, donne à la mesure humaine sa valeur créatrice. » (notice Camus dans l’Universalis).

Cette tension n’élimine pas la révolte, mais elle l’intègre à l’évolution de l’humanité, dans le sens de la vie : « Loin d’être un romantisme, la révolte, au contraire, prend le parti du vrai réalisme. Si elle veut une révolution, elle la veut en faveur de la vie, non contre elle. » (HR, 369)

S’il ne s’était agi que de cette conclusion, j’ose avancer qu’il n’y aurait pas eu de querelle avec André Breton, qui lui-même a toujours plaidé en faveur de la vie, n’en déplaise à M. Denys. Dès son premier recueil de poésies, Clair de terre, il affirmait « Plutôt la vie que ces prismes sans épaisseur même si les couleurs sont plus pures… » en un inlassable repetend. Mais Camus a voulu s’attaquer à Lautréamont en tant que maître à penser des surréalistes, et c’est là que le bât blesse. Son chapitre « Lautréamont et la banalité », publié en avant-première dans Les Cahiers du Sud, provoqua la stupeur et l’indignation de Breton qui répliqua aussitôt dans Arts, le 12 octobre 1951, à l’enseigne du « Sucre jaune » (OC III, 911).

Ne gâtons pas notre plaisir : ce titre emprunté aux Poésies d’Isidore Ducasse programmait toute une hygiène des lettres : « Oui, bonnes gens, c’est moi qui vous ordonne de brûler, sur une pelle, rougie au feu, avec un peu de sucre jaune, le canard du doute, aux lèvres de vermouth, qui, répandant, dans une lutte mélancolique entre le bien et le mal, des larmes qui ne viennent pas du cœur, sans machine pneumatique, fait, partout, le vide universel. » (Poésies I)

Breton s’estime défié. La réflexion de Camus sur la poésie « témoigne de sa part, pour la première fois, d’une position morale et intellectuelle indéfendable ». Moralement, Camus suspecte a priori tous les insurgés. Intellectuellement, il témoigne d’une méconnaissance totale de l’œuvre analysée, particulièrement de Poésies. Plus grave, sa thèse fondamentale, selon laquelle la révolte absolue ne peut engendrer que le goût de l’asservissement intellectuel, outre qu’elle n’est pas fondée, fait preuve d’un pessimisme intolérable.

Fâché de ce qu’il pense n’être qu’un malentendu, Camus lui demande d’attendre la publication intégrale de son essai pour en juger globalement. Aimé Patri et Breton discutent de l’ouvrage le mois suivant, texte en main (OC III, 1048). Breton dénonce le sophisme par lequel Camus oppose « une révolte sans mesure » à une prétendue révolte mesurée. « La révolte une fois vidée de son contenu passionnel, que voulez-vous qu’il en reste ? La révolte peut-elle être à la fois elle-même et la maîtrise, la domination parfaite d’elle-même ? Allons donc ! Une révolte ainsi châtrée ne saurait être que la “sagesse du pauvre” dont se défend Camus. » Ce dernier relève les critiques de Breton point par point et lui reproche, en somme, de sanctifier la poésie et la révolte au lieu de s’attacher à étudier le drame de l’époque1.

Dans une ultime réponse, Breton, qui se garde de mettre en cause la personne de Camus, considère qu’il tend la perche à la réaction et prône « le sabordage de tous les bâtiments battant pavillon de révolte » (OC III, 1 057). Il en appelle à l’arbitrage du responsable de la rubrique, Louis Pauwels, que celui-ci s’interdit de prononcer.

Le débat restait ouvert, et la publication de l’ouvrage ne devait pas apporter de réponse, ce qui entraina diverses prises de position sur lesquelles je passerai, puisqu’il en a déjà été question lors de vos précédentes rencontres. En résumé, je dirai qu’au-delà des attaques explicites contre les surréalistes, ces « nihilistes de salon », comment ne pas voir dans cette assimilation de Lautréamont à la banalité le chemin tout tracé pour la thèse de l’illustre Faurisson, qui devait l’identifier à M. Prudhomme !

Implicitement, Breton voyait se reproduire la démarche adoptée par Charles Chassé contre Ubu roi : si le public admet qu’il s’agit d’une supercherie, alors tout le symbolisme s’en trouve atteint. Si Les Chants de Maldoror ne sont que banalité, alors tout le surréalisme est réduit à néant.

Nous voici fort loin de la pensée solaire revendiquée par Camus, de cette tension entre la mesure et la démesure. Reprenons l’examen depuis le début.

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Admettons un moment qu’Albert Camus ait pris le surréalisme comme exemple parfait de l’idéologie opposée à ce qu’il nommait « la pensée de midi ». La « pensée de minuit » se caractériserait par le recours à l’automatisme et au rêve, l’appel au merveilleux, et, enfin, par une poésie de la révolte ou de la révolution, celle-là même à laquelle il adressa les flèches les plus acérées.

Au commencement, il y eut la découverte de l’écriture en collaboration et à jet presque continu par André Breton et Philippe Soupault, Les Champs magnétiques. À tel point que Breton s’en fut déclarant : « Si c’est ça le génie, c’est facile ». L’automatisme était alors le synonyme exact du « surréalisme », de sorte que la critique usa indifféremment d’un mot pour l’autre.

D’où la définition du Manifeste du surréalisme (1924) : « automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée ».

Une note du même manifeste désigne le but de cette démarche : « Si les profondeurs de notre esprit recèlent d’étranges forces capables d’augmenter celles de la surface, ou de lutter victorieusement contre elles, il y a tout intérêt à les capter, à les capter d’abord, pour les soumettre ensuite, s’il y a lieu, au contrôle de notre raison ». On ne saurait être plus positif, voire positiviste, mais cet objectif, inscrit dans une note de bas de page, échappait à Camus.

Tout autant que les poètes, les peintres du groupe se sont livrés à l’automatisme, avec un bonheur plus visible.

Reste qu’au moment où Camus dresse son réquisitoire, le surréalisme, y voyant l’histoire d’une infortune continue, a renoncé à l’automatisme depuis une dizaine d’années. Il n’y aurait donc plus que le rêve comme discriminant du mouvement.

Or, chacun sait que le rêve n’existe pas. Il n’y a que des récits du rêve. Quelles que soient les vues des spécialistes sur la question, ceux-ci n’ont jamais pu que se fonder sur la parole des rêveurs, et non sur une matière concrète, la matière du rêve. Aujourd’hui, les neurophysiologues considèrent que, plus élaboré pendant la phase dite du sommeil paradoxal, le rêve peut être continu et ils admettent tous qu’il sert à reprogrammer les neurones. Si l’on admet avec Lacan que « l’inconscient est structuré comme un langage », il faut en déduire que le récit du rêve dépend de la langue et de la culture du rêveur aussi bien que des structures narratives dont celui-ci dispose.

Pour Breton, les philosophes n’ont jamais écrit rien qui vaille sur le sujet : « On en est quitte pour… la peur de se contenter de penser, avec Kant, que le rêve a ”sans doute” pour fonction de nous découvrir nos dispositions secrètes et de nous révéler, non point ce que nous sommes, mais ce que nous serions devenus, si nous avions reçu une autre éducation (?) – avec Hegel, que le rêve ne présente aucune cohérence intelligible, etc. » (Vases, OC II, 106). Féru de marxisme, il ajoute que les « écrivains sociaux » sont encore moins explicites, certainement parce que les « littérateurs » ont tout intérêt à exploiter le filon du récit de rêve, par nature conservateur, et sans conséquence sur la société (Vases, OC II, 107). Quand aux théoriciens qu’il examine, il observe que chacun nous en révèle plus sur lui-même que sur le rêve (ibid.).

Il leur oppose sa propre pratique, qu’il expliquait dès 1922 dans l’article « Entrée des médiums », disant comment il voulait des récits purs de toute scorie, recourant à la sténographie pour les noter, mettant en cause les défaillances de la mémoire, seule « sujette à caution » (OC I, 275)..

Le Second Manifeste, en 1929, lui fournit l’occasion de dresser un bilan négatif : « Malgré l’insistance que nous avons mise à introduire des textes de ce caractère dans les publications surréalistes, et la place remarquable qu’ils occupent dans certains ouvrages, il faut avouer que leur intérêt a quelquefois peine à s’y soutenir ou qu’ils y font un peu trop l’effet de ”morceaux de bravoure”. » (OC I, 806)

Au demeurant, le corpus intégral des récits de rêves dans l’œuvre de Breton n’atteint pas la dizaine. Encore éprouve-t-il le besoin de se servir des rêves de ses compagnes !

Le vœu de Breton est inscrit en une formule gnomique qui résume toute sa pensée : « Le poète à venir surmontera l’idée déprimante du divorce irréparable de l’action et du rêve » (Vases, OC II, 208).

« Tranchons-en : le merveilleux est toujours beau, n’importe quel merveilleux est beau, il n’y a même que le merveilleux qui soit beau. » (OC I, 319) Dans le Manifeste du surréalisme, cette déclaration vient immédiatement après une réflexion sur la surréalité, ce qui revient à en faire une composante du surréalisme.

Breton aborde alors un nouvel aspect du concept, son caractère transitoire, autant que la modernité chez Baudelaire, en analysant les formes sous lesquelles il apparaît dans les arts : « Le merveilleux n’est pas le même à toutes les époques ; il participe obscurément d’une sorte de révélation générale dont le détail seul nous parvient : ce sont les ruines romantiques, le mannequin moderne ou tout autre symbole propre à remuer la sensibilité humaine durant un temps. » (ibid. p. 321).

Suivra le projet d’élaborer un dictionnaire du merveilleux. Le merveilleux se trouve partout où il y a du surréalisme : au cinéma, dans l’art des fous-la clé des champs, dans les contes et légendes populaires comme dans les textes provenant de l’automatisme. Breton explique l’intérêt que lui procure l’art océanien par le merveilleux qu’il comporte et qui donne sur un paysage mental inconnu : « Il y a aussi que le merveilleux, avec tout ce qu’il suppose de surprise, de faste et de vue fulgurante sur autre chose que ce que nous pouvons connaître, n’a jamais dans l’art plastique, connu les triomphes qu’il marque avec tels objets océaniens de très haute classe. » (OC III, 838).

Mais c’est dans l’article « Le merveilleux contre le mystère » qu’il précise comment, à partir de Rimbaud et de Lautréamont, s’affirme une volonté d’émancipation totale de l’homme, fondée sur le langage et réversible sur la vie. Déclarant son refus du mystère au profit du merveilleux, il ne cache pas le rôle de la passion : « Le symbolisme ne se survit que dans la mesure où, brisant avec la médiocrité de tels calculs, il lui est arrivé de se faire une loi de l’abandon pur et simple au merveilleux, en cet abandon résidant la seule source de communication éternelle entre les hommes. » (OC III, 658)

Avant de se placer « au service de la révolution », le surréalisme a postulé la révolution surréaliste, titre de deux revues successives, faisant pièce, en quelque sorte, à Dada qui n’avait pas d’objectif et passait pour un pur nihilisme (j’ai montré ailleurs qu’il n’en était rien).

Au départ, il y a la révolte, une révolte aveugle et sans but, que Breton reformule dans le Second Manifeste, « on conçoit que le surréalisme n’ait pas craint de se faire un dogme de la révolte absolue, de l’insoumission totale, et du sabotage en règle, et qu’il n’attende encore rien que de la violence. L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers aux poings, à descendre dans la rue et à tirer au hasard, tant qu’on peut, dans la foule. » Phrase que l’humaniste Camus prend à parti, la jugeant comme une tache irrémédiable.

Il est vrai qu’ainsi formulée, et quels qu’en soient les motifs (Breton avait en tête le geste de l’anarchiste Émile Henry, guillotiné à 21 ans), elle demeure irrecevable pour tout être social. Mais Breton se regardait au miroir noir de l’anarchisme. Rétrospectivement, il explique : « À ce moment le refus surréaliste est total, absolument inapte à se laisser canaliser sur le plan politique. Toutes les institutions sur lesquelles repose le monde moderne […] sont tenues par nous pour aberrantes et scandaleuses. Pour commencer, c’est à tout l’appareil de défense de la société qu’on s’en prend […] » (La Clé des champs, OC III, 935).

De fait, au moment où Breton écrivait ces lignes de tonalité anarchiste, les surréalistes s’étaient ralliés au tout jeune Parti communiste, issu de la scission de 1920, militant pour l’avènement d’une société sans classe. Ils prétendaient mettre leurs talents d’intellectuels et d’hommes de plume au service de la classe ouvrière. On sait ce qu’il en advint !

Dès 1935, cela Camus ne pouvait l’ignorer, Breton mettait en cause Staline et le stalinisme (« Du temps que les surréalistes avaient raison », 1935). S’il ne renonçait en rien à l’idée de révolution, il s’écartait de tout parti. Au sortir de la guerre, il réaffirmait dans le tract Rupture inaugurale le « destin spécifique » du surréalisme, qui était de « revendiquer d’innombrables réformes dans le domaine de l’esprit ».

Ce ralliement au réformisme était-il une marque de sagesse, le renoncement à toute violence, le recours au silence face aux deux blocs qui se partageaient le monde ?

Si la voix du poète et celle de ses compagnons n’a pas été aussi perceptible qu’autrefois, il n’a cessé de s’exprimer contre les guerres coloniales, et de s’élever contre l’inacceptable condition humaine.

Ainsi, la « pensée de minuit » n’est pas l’ennemie de la « pensée de midi ». À propos de l’opposition Camus/Breton, telle que la représentent les commentateurs, je reprendrais volontiers la formule d’Engels : « Ce qui manque a ces messieurs, c’est la dialectique. » Mouvement de l’esprit parfaitement réalisé par la résolution des contraires que postulait le Second Manifeste du surréalisme.

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On admet d’autant moins l’opposition des deux penseurs qu’ils s’estimaient réciproquement. Je n’en veux pour preuve que les termes employés par Breton à l’égard de son cadet, tandis que ce dernier a oublié de noter dans son journal de voyage aux Amériques le déjeuner pris en commun.

La voix du journaliste apparaissait à Breton comme « la mieux timbrée et la plus claire qui fût montée dominant cette période de ruine » (OC III, 983). Tous deux se concertèrent sur la meilleure façon de préserver le témoignage de certains hommes libres des distorsions idéologiques. Ils rêvèrent à une sorte de pacte par lequel des gens de leur trempe s’engageraient à ne s’affilier à aucun parti politique, à lutter contre la peine de mort, à ne jamais prétendre aux honneurs, quels qu’ils soient.

Sur le plan philosophique, Breton ne saurait souscrire à la morale de l’existentialisme qui, sous prétexte d’un « engagement » de l’artiste, se met à la remorque du Parti communiste. Il en appelle aux intellectuels pour adresser des remontrances aux « grands irresponsables de l’heure », et procéder à une refonte totale des idées, en finir avec tous les poncifs de la morale universelle. Il rappelle les termes du manifeste de Mexico sur l’indépendance absolue de l’art et rejette le précepte jésuite, repris par les staliniens, selon lequel « la fin justifie les moyens ». Critiquant le pessimisme de Camus, il affirme : « le rocher de Sisyphe se fendra un jour ». Si l’homme a perdu les clés originelles de la nature, il peut les retrouver en interrogeant les mythes, à l’aide du désir, ce « grand porteur des clés » (OC III, 588-599).

Breton et Camus ont milité de conserve en faveur de Garry Davis, le « petit homme » qui prônait un désarmement mondial. Ensemble, ils ont participé à la fondation du Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR), organisation échappant au monolithisme des partis traditionnels. Au meeting de la salle Pleyel sur le thème « L’internationalisme de l’esprit », le 13 décembre 1948, Breton a pris la parole pour décrire les partis comme des zombies se survivant à eux-mêmes (OC III, 982-988). Il appelle à la constitution d’une formation capable de traduire les aspirations collectives, s’opposant à la fois aux staliniens qui versaient dans la dictature policière et aux gaullistes qui, par réaction, ne visaient qu’à renforcer la Défense nationale. D’après lui, le surréalisme, fidèle à ses aspirations initiales, n’a cessé de fournir des armes pour le combat international de l’esprit, que ce soit avec l’automatisme, ses prises de position contre les procès de Moscou ou la déclaration de Mexico. Il fut vivement applaudi lorsqu’il dénonça la discrimination raciale ainsi que la politique française en Indochine et à Madagascar et même lorsque, refusant la notion de responsabilité collective, il souhaita la réintégration du peuple allemand dans la communauté humaine.

Quittant le plan des idées, je prendrai à témoin ces fragments de discours intimes que sont les dédicaces adressées par Camus à son ainé, depuis 1947 jusqu’après la crise :

« A André Breton, irremplaçable, avec l’admiration et l’amitié d’Albert Camus. » (La Peste) ;

« A André Breton, avec l’admiration et la fidélité d’Albert Camus » (L’État de siège) ;

« A André Breton, ces petites étapes sur un chemin commun. Amicalement Albert Camus. » (Actuelles, Chroniques 1944-1948) ;

et, pour finir, cet hommage faisant suite à la polémique : « A André Breton, à titre documentaire et malgré tout, Albert Camus » (L’homme révolté)

Méditons ce « malgré tout » !

Les divergences entre ces deux intellectuels sont d’autant moins compréhensibles qu’ils avaient la même opinion au sujet du principe jésuite, remis à la mode par les staliniens, selon lequel « la fin justifie les moyens ». « Ce précepte, dit Breton, j’en suis immédiatement tombé d’accord avec Camus à New York, est en effet celui auquel les derniers intellectuels libres doivent opposer aujourd’hui le refus le plus catégorique et le plus actif. » (Entretiens radiophoniques, OC III, 596)

L’accord commun ne signifie pas que Breton souscrive désormais au pessimisme de Camus. Il conclut : « Ils [les surréalistes] ne tiennent pas pour incurable la ‘‘fracture’’ observée par Camus entre le monde et l’esprit humain. » (ibid., p. 597)

On le voit, rien d’inconciliable entre eux, d’autant plus que Breton a toujours prôné une conception morale de l’existence. Non point la morale commune, mais celle qu’il a pu dégager de la présence de certains êtres au-dessus du lot, tel Jacques Vaché, qui lui enseigna le détachement de toute chose, Sade, qui fit une « brèche dans la nuit morale » (OC II, 399), Baudelaire en transcendant la réalité, Rimbaud et Lautréamont bien sûr. Contre les religions de la passivité, tous ces poètes assurent un « envol plus ou moins sûr de l’esprit vers un monde enfin habitable » (OC I, 782).

J’affirme qu’un bon usage de la dialectique leur aurait permis de s’entendre mieux qu’ils ne firent. Ils eussent alors partagé la même conception de l’analogie universelle.

Quand, lors d’une conversation entre surréalistes, Breton cherche à faire comprendre ce qu’est l’analogie, il emploie cette image : « j’en vins à dire que le lion pouvait être aisément décrit à partir de l’allumette que je m’apprêtais à frotter. » (P.C., IV, 885)

Il compare alors l’analogie poétique à l’analogie mystique, en ceci que toutes deux transgressent les lois de la déduction, et montrent la relation d’un objet à l’autre alors que la logique n’y voit aucun rapport. À ceci près que l’analogie poétique ne présuppose aucun monde invisible, et fait voir la vraie vie « absente ».

« Seul le déclic analogique nous passionne, c’est seulement par lui que nous pouvons agir sur le moteur du monde. Le mot le plus exaltant dont nous disposions est le mot comme, que ce mot soit prononcé ou tu. » (OC III, 166)

Au-delà de la théorie esthétique et philosophique, le « démon de l’analogie » (Nadja I, 714, la formule est empruntée à Mallarmé), est aussi un mode de vie et une manière de penser.

J’entends bien qu’en évoquant cet aspect de la pensée bretonienne, Camus ne semble pas l’approuver. Mais il ne la condamne pas pour autant : « Finalement, comme l’expérience de Nietzsche se couronnait dans l’acceptation de midi, celle du surréalisme culmine dans l’exaltation de minuit, le culte obstiné et angoissé de l’orage. Breton, selon ses propres paroles, a compris que, malgré tout, la vie était donnée. » (HR, 127)

Qu’est-ce à dire, sinon que midi implique minuit, et réciproquement ? Ce « démon de l’analogie » est tout naturel : « ce processus répond à une exigence organique et […] il demande à ne pas être tenu en suspicion ni freiné mais, tout au contraire, stimulé » (OC IV, 838).

Aujourd’hui, nul n’ignore cette postulation du Second Manifeste : « Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement. » Mais on oublie la suite, qui envisage explicitement le dépassement, la fusion des antinomies.

De la même façon, je me demande bien en quoi la conception que Breton s’est faite de l’amour, la morale qu’il en a tirée, s’opposeraient à celle de Camus.

En 1929, les surréalistes lancent une « Enquête sur l’amour ». Ils considèrent que « l’idée d’amour, [est] seule capable de réconcilier tout homme, momentanément ou non, avec l’idée de vie ». Ils reconnaissent que l’amour auquel ils aspirent ne saurait se développer sans un profond bouleversement de la société. La Liberté ou l’amour ! déclare Desnos, tandis que leur principal théoricien prétend substituer l’amour électif et la reconnaissance à l’aliénation sociale. Ce mouvement de libération s’accompagne d’un retour à la Nature, qui n’exclue en rien la lucidité : « Amour, seul amour qui sois, amour charnel, j’adore, je n’ai jamais cessé d’adorer ton ombre vénéneuse, ton ombre mortelle. » (A. Breton, L’Amour fou).

L’amour unique devient un trait spécifique d’André Breton, qui en appelle au double témoignage d’Engels et de Freud pour défendre cette conception, source d’un « progrès moral aussi bien que culturel » (OC II, 745). Et d’en déduire : « Chaque fois qu’un homme aime, rien ne peut faire qu’il n’engage avec lui la sensibilité de tous les hommes. Pour ne pas démériter d’eux, il se doit de l’engager à fond. » (OC II, 747)

Au vrai, c’est bien Camus qui a rendu le plus bel hommage à cette idée de l’amour : « Après tout, faute de pouvoir se donner la morale et les valeurs dont il a clairement senti la nécessité, on sait assez que Breton a choisi l’amour. Dans la chiennerie de son temps, et ceci ne peut s’oublier, il est le seul à avoir parlé profondément de l’amour. »

Au terme de cette analyse, vous serez d’accord avec moi pour considérer que la confrontation Breton/Camus fut l’objet d’un malentendu, au sens camusien du vocable, si je puis dire.

La raison fondamentale du débat me parait tenir à l’hostilité de Camus non pas envers Breton, nous l’avons vu, mais plutôt envers l’idéologie allemande que le poète semblait reprendre à son compte. Admirateurs de Novalis, d’Achim d’Arnim comme de Fichte et de Hegel, les surréalistes étaient, aux yeux de Camus, les héritiers de cette « pensée de minuit » en France. D’ailleurs, Breton n’allait pas tarder à le revendiquer : « A toute occasion ils [les surréalistes] ont fait valoir ce qu’ils devaient à la pensée allemande aussi bien qu’à la poésie de langue allemande. » (OC IV, 852) Au demeurant, le Second Manifeste prétendait, tout autant que le matérialisme historique, partir de « l’avortement colossal » du système hégélien. Or, tout le propos de L’Homme révolté se construit sur l’opposition de la pensée de midi à l’idéologie allemande, avec, notamment, l’exemple du triomphe de Marx contre les libertaires méditerranéens.

Est-ce l’effet du temps écoulé depuis cette polémique ? J’ai un peu le sentiment d’avoir traité d’un sujet sans existence réelle. À la question de savoir ce qui est le plus important, de la lune ou du soleil, de « la pensée de midi » ou de « la pensée de minuit », je ne puis m’empêcher de songer à l’imparable réponse des Sages de Chelm : « La lune, car elle éclaire la nuit. Le jour, on n’en a pas besoin. » C’était avant leur extermination par les nazis.

Henri BÉHAR


Annexe

Pour fixer les idées, voici la liste des 19 œuvres de Camus traitées par Frantext :

1936n Révolte dans les Asturies : essai de création collective 8 945 mots, théâtre

1942, L’Étranger 39 692 mots, roman

1942, Le Mythe de Sisyphe 44 222 mots, essai

1944, Caligula, 24 647 mots, théâtre

1944, Le Malentendu, 18 220 mots, théâtre, tragédie,

1947, La Peste, 102 379 mots, roman

1948, L’État de siège, 29 888 mots, théâtre

1950, Les Justes, 20 302 mots, théâtre

1951, L’Homme révolté, 126 985 mots, essai

1953, LARIVEY (Pierre de), CAMUS (Albert), Les Esprits [adaptation], 14 604 mots, théâtre, comédie

1953, CALDERÓN DE LA BARCA (Pedro), CAMUS (Albert), La Dévotion à la croix [traduction et adaptation]n 19 845 mots, théâtre

1954, L’Été, 25 321 mots, essais (recueil de)

1955, BUZZATI (Dino), CAMUS (Albert), Un cas intéressant [adaptation], 28 070 mots, théâtre

1956, La Chute, 37 166 mots, roman, récit

1956, FAULKNER (William), CAMUS (Albert), Requiem pour une nonne, [traduction et adaptation], 29 640 mots, théâtre

1957, L’Exil et le royaume, 55 050 mots, nouvelles (recueil)

1957, VEGA (Lope de), CAMUS (Albert), Le Chevalier d’Olmedo [traduction et adaptation], 22 997 mots, théâtre, tragi-comédie

1959, DOSTOÏEVSKI (OU DOSTOEVSKIJ) (Fiodor Mikhaïlovitch), CAMUS (Albert), Les Possédés [adaptation], 47 881 mots, théâtre

1959, Noces, 15 599 mots, essais (recueil), poèmes en prose.

En ce qui concerne les textes de Breton, je me réfère à ma propre numérisation comportant l’intégralité de ses publications, à l’exception de Qu’est-ce que le surréalisme ? et de Position politique du surréalisme, qu’il me faut consulter sur papier.

1 ; Albert Camus, Arts, 23 novembre 1951.

« Introduction au Potlatch André Breton », Histoires Littéraires, n° 77, 2019, p. 29-48.

Éditorial

Patrick Besnier : Une chronique inconnue de Raymond Roussel                                        
Daniel Grojnowski : Les années Chat Noir                                                                                
Henri Béhar : Introduction au Potlatch André Breton                                                           
Michael Roelli : La « science du rêveur ». Jean Paulhan, onirologue                                
Entretien avec Claire Paulhan                                                                                                   
Jean-Yves Mollier : Edouard Dentu, un éditeur collectionnaire du xixsiècle                  
Jacques-Remi Dahan : Une première lettre inédite de Charles Nodier à Herbert Croft     
Günter Schmigalle : Trois lettres inédites de Laurent Tailhade à Rubén Darío              
Philippe Chauvelot : Jean Lorrain, Lettres à Rachilde 1885-1903                                 
Jean-Paul Goujon : Fernand Fleuret, Le Dr Jean Vinchon et Apollinaire                        
José Moure, Claude Schopp : Rémi sans famille d’Antoine Brossier                              
Chronique des ventes et des catalogues                                                                         
En société                                                                                                                  
Livres reçus


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Voir l’ouvrage de référence :

4ème de couv. :

Chaque année, au printemps, fleurissent les salons du livre où les curieux et les amateurs s’en viennent échanger des livres anciens, déjà lus. Mieux, il en est qui ne s’intéressent qu’aux ouvrages portant la signature de l’auteur. Ils sont encore plus satisfaits s’ils sont agrémentés de quelques mots autographes destinés au premier lecteur. Ils nomment cela « dédicaces » ou « envois ».

Il faut désormais prendre ces envois en considération, comme partie intégrante de l’œuvre d’un auteur, tout comme la génétique textuelle fait son miel des brouillons, des manuscrits, des journaux intimes, de la correspondance. Cela est si vrai que, pour ce qui concerne André Breton, ses héritières ont tenu à faire numériser, outre ses propres manuscrits, les premières pages des livres qu’il avait reçus, munis d’un envoi autographié.

Il s’agissait là de témoignages d’une conversation en cours, qu’il m’a fallu reconstituer en recherchant les « envois » écrits par André Breton lui-même. J’étais sûr qu’ils avaient existé, car Breton l’a montré à diverses reprises, il ne pouvait accepter un don sans rendre le contre-don, sous la forme de l’un de ses propres livres. Usage fort ancien, que les Indiens d’Amérique nomment le Potlatch. Le présent recueil prouve que le poète n’a jamais manqué au rituel.

Fait remarquable, ces messages occasionnels échappent au commerce des livres et deviennent des poèmes pour eux-mêmes, qui s’ajoutent, en trois dimensions, à ses œuvres complètes. En effet, il faut ici prendre en compte la parole, le message que le poète adresse oralement à son lecteur, connu pour être lui-même un auteur, ou du moins un lecteur averti.

D’où les notices consacrées à chacun des cinq cent destinataires : elles précisent, autant que possible, les relations qu’André Breton entretenait avec chacun d’eux, sur le plan du livre, de préférence. Outre les amis surréalistes, à toutes les époques, on y trouvera des personnalités pour le moins surprenantes, à tous les niveaux de la société.

H.B.
560 pages illustrées (dédicaces de et à André Breton – Michel Butor, Paul Claudel, Colette, Marguerite Duras, etc…)

Format : Broché
Nb de pages : 558 pages
Poids : 1200 g
Dimensions : 18cm X 25cm
Date de parution : 06/01/2020
ISBN : 978-2-35548-143-7

Une étude sur les envois offerts par André Breton (1896-1966) et ceux qu’il a reçus, dont certains sont reproduits. Reprenant une tradition amérindienne, le potlatch, qui consiste à s’échanger des cadeaux, le poète surréaliste faisait parvenir un exemplaire dédicacé d’un de ses livres à un correspondant, personnalité du monde des arts, des lettres ou de la politique, qui lui en avait offert un. ©Electre 2020


Compte rendu par Georges Sebbag :

Des envois à la pelle au vent – Philosophie et surréalisme (philosophieetsurrealisme.fr)

Compte rendu par Pierre Taminiaux :

Henri BÉHAR : Potlatch, André Breton ou la cérémonie du don (du lérot, 2020) | Mélusine (melusine-surrealisme.fr)

Compte rendu par Alain Trouvé :

Parution, Henri Béhar, « Potlatch André Breton », éd. du Lérot | LIRE ÉCRIRE, D’UN CONTINENT À L’AUTRE (ra2il.org)

Et le complément du volume initial :

Potlatch André Breton complément | Henri Béhar (melusine-surrealisme.fr)

Potlatch André Breton complément

Dans le recueil Potlatch André Breton ou La Cérémonie du don, publié en 2020 par les Editions Du Lérot à Tusson, je pense avoir démontré que, s’il recevait un ouvrage muni d’un « envoi » autographe signé par l’auteur, André Breton ne tardait pas à lui faire le contre-don d’un de ses propres livres, récemment paru, ou encore adapté à l’image qu’il se faisait du signataire. Mais il est évident qu’il prenait souvent l’initiative de faire don d’un de ses ouvrages, orné d’un envoi spécifique, à ses meilleurs amis et à ses relations.
Je poursuis cette démonstration ci-après, dans un recueil complémentaire  numérique au format PDF. Selon son goût, le lecteur pourra le lire directement sur écran ou bien l’imprimer pour insérer les pages dans le volume sur vélin de l’édition première.

André Breton chronologie numérique (5)

1925-1930

1925

Pour ce qui concerne le débat politique des années 1925-1925 à l’intérieur du groupe surréaliste, voir [Archives] [Archives 1925-1926] boîte cartonnée rouge (André Breton) (andrebreton.fr)

https://www.andrebreton.fr/fr/series/48

Cette série regroupe des documents parus ultérieurement dans les tomes I, II et III des 5 volumes Archives du surréalisme sous l’égide d’Actual, chez Gallimard de 1988 à 1995.

Tome I — « Bureau de recherches surréalistes, Cahier de la permanence, octobre 1924 – avril 1925 », présenté et annoté par Paule Thévenin, 1988.
Tome II — « Vers l’action politique, juillet 1925 – avril 1926 » présenté et annoté par Marguerite Bonnet, 1988.
Tome III — « Adhérer au Parti communiste ?, septembre – décembre 1926 », présenté et annoté par Marguerite Bonnet, 1992.
Tome IV — « Recherches sur la sexualité, janvier 1928 – août 1932 », présenté et annoté par José Pierre, 1990.
Tome V — « Les jeux surréalistes, mars 1921 – septembre 1962 », présenté et annoté par Emmanuel Garrigues, 1995.

AB cesse sa fonction de bibliothécaire auprès de J. Doucet à la fin de l’année 1924. Au mécène qui l’interroge sur son devenir il répond : « C’est dans la pensée que je crois bien avoir mis toute l’audace, toute la force et tout l’espoir dont je suis capable » (lettres, 28 déc. 24)

Janvier 1925 : débat à la Centrale surréaliste concernant le devenir politique. À l’unanimité, les présents se rallient aux propositions de AB concernant le sionisme et le bolchevisme, ce qui ne va pas sans malentendus : Desnos :« Pamphlet contre Jérusalem », La Révolution surréaliste, n° 3, p. 8.

24 janvier : Artaud décide de fermer la Centrale surréaliste au public.

26 janvier : Aragon suggère à Doucet de créer une collection de livres de luxe, « Pour vos beaux yeux », n’excédant pas 50 p. chacun. AB projette un texte intitulé « De l’amour ». (Lettres à Simone). Sans suite.

27 janvier : Déclaration surréaliste rédigée par A. Artaud : « Le surréalisme n’est pas une forme poétique. Il est un cri de l’esprit qui retourne vers lui-même et est bien décidé à broyer définitivement ses entraves, et au besoin par des marteaux matériels. » (Tracts I, 34).

Février : AB corrige les épreuves de l’Introduction au discours sur le peu de réalité, où il reprend à son compte la terrible loi des compensations (OC II, 271)

11 février : La Révolution surréaliste, n° 2 arrive à la Centrale. AB la juge déplorable, ne retient que les articles d’Artaud et Leiris (AB à Simone, 12 février 1925). Au bilan : « Nous demeurons acquis au principe de toute action révolutionnaire, quand bien même elle prendrait pour point de départ une lutte de classes, et pourvu seulement qu’elle mène assez loin. » (OC I, 906).

Février : la bande de la rue du Château (Jacques Prévert, Marcel Duhamel, Yves Tanguy, etc.) rejoint AB et les surréalistes.
– Invention du « cadavre exquis » chez Marcel Duhamel, par Jacques Prévert et ses complices.

9 mai : Hommage des surréalistes à Saint-Pol-Roux dans Les Nouvelles littéraires.

24 juin : interview de Paul Claudel dans Comœdia, p. 3, qualifiant le surréalisme d’activité de pédérastique. Voir Tracts I, 49.

2 juillet  : Banquet en l’honneur de Saint-Pol Roux, à la Closerie des Lilas. Scandale provoqué par la Lettre ouverte à Paul Claudel.

2 juillet : H. Barbusse, « Appel aux travailleurs intellectuels », contre la guerre du Rif, L’Humanité, signé par les surréalistes (voir : https://melusine-surrealisme.fr/henribehar/wp/?p=405).

9 juillet : visite à Mme Sacco, voyante, rue de l’Usine, relatée à Simone.

15 juillet : sortie de La Révolution surréaliste, n° 4. AB en est le seul directeur.

AB y commence « Le Surréalisme et la peinture » : « L’œil existe à l’état sauvage ».

juillet : vacances à Nice puis Thorenc avec Simone et leurs amis.

AB : Lettre aux voyantes : « ce qui est dit sera, par la seule vertu du langage » (OC I, 910).

27 juillet : AB à Simone : « La guerre du Maroc dépasse en invraisemblance, en stupidité et en horreur tout ce qu’on peut attendre de ces gens. Nous n’avons rien fait contre cet état de choses et nous ne ferons peut-être rien (qui vaille). Qui parle donc après cela d’écrire encore des poèmes et le reste. Il n’est pas de protestation écrite qui tienne en pareille matière. Que faire donc ? »

26 août : tract « La Révolution d’abord et toujours » signé par les surréalistes et les membres des groupe Clarté, Philosophies, Correspondance.

26 août-15 septembre : AB et Simone, vacances à Thorenc (Alpes maritimes). AB écrit un prière d’insérer pour Capitale de la douleur, d’Éluard.

12 octobre : le procureur de la République à Paris avise le garde des Sceaux qu’il ne peut poursuivre les auteurs du tract La Révolution d’abord et toujours .

5 octobre : Assemblée générale des surréalistes avec les groupes Clarté et Philosophie en vue d’une fusion. Constitution d’un comité directeur comprenant des représentants des 3 groupes, élaboration d’un texte commun : « La Révolution ne peut être conçue par nous que sous sa forme économique et sociale où elle se définit : la Révolution est l’ensemble des événements qui déterminent le passage du pouvoir des mains de la bourgeoisie à celles du prolétariat et le maintien de ce pouvoir par la dictature du prolétariat. » (OC II, 292). 10 jours après, AB demande à être relevé de ses fonctions…

15 octobre : parution de La Révolution surréaliste, n° 5, couverture choisie par AB. Compte rendu du Lénine de Trotsky.

13 novembre à minuit : vernissage de « Peinture surréaliste », galerie Pierre, 13 rue Bonaparte, Paris. Œuvres de : Arp, Giorgio de Chirico, Max Ernst, Paul Klee, André Masson, Joan Miro, Picasso, Man Ray, Pierre Roy. Catalogue AB et Desnos. Du 14 au 25 nov.

1926

Pour tout ce qui concerne le débat politique des années 1925-1926 à l’intérieur du groupe surréaliste, voir [Archives] [Archives 1925-1926] boîte cartonnée rouge (André Breton) (andrebreton.fr)

26 mars-10 avril 1926 : exposition :« Tableaux de Man Ray et objets des îles » à la Galerie surréaliste, rue Jacques Callot. Scandale provoqué par une statue de Nouvelle-Guinée.

18 mai : création de Roméo et Juliette, Noces par les Ballets russes. Max Ernst et Joan Miró qui ont prêté leur concours sont disqualifiés : « Il n’est pas admissible que la pensée soit aux ordres de l’argent » déclare AB dans un tract Protestation.

24 juin  : Lettre d’Ernest Gegenbach à AB : « Je vais quitter l’abbaye »

9 juillet : Lettre d’Ernest Gegenbach à AB : « Vous m’avez demandé d’écrire sur la question religieuse… » [Sur le personnage, voir la mise au point en 2 vol. illustrés de Christophe Stener, 2022]

Août : AB et Simone à Biarritz et Lourdes.

1ᵉʳ octobre : AB : Légitime défense, éditions surréalistes ; 26 p.

« Il n’est personne de nous qui ne souhaite le passage du pouvoir des mains de la bourgeoisie à celles du prolétariat. En attendant, il n’en est pas moins nécessaire, selon nous, que les expériences de la vie intérieure se poursuivent et cela, bien entendu, sans contrôle extérieur, même marxiste. » (OC II, 292). Brochure mise au pilon en mars 1927 selon AB, en gage de sincérité politique.

4 octobre : lundi, AB rencontre de Nadja [Léona Delcourt, née le 23 mai 1902] rue Lafayette. achète le dernier livre de Trotsky : Europe et Amérique.

Nadja, autoportrait. Nadja / BNF

5 octobre : mardi, AB et Nadja se retrouvent à la brasserie La Nouvelle France, rue du Faubourg Poissonnière.

6 octobre : mercredi, sur le trottoir de droite rue de la Chaussée-d’Antin ; AB croise Nadja. Ils s’assoient dans un café rue La Fayette. AB la conduit au Théâtre des Arts, près de son hôtel. Taxi vers la place Dauphine…

7 octobre : jeudi. Pas de rendez-vous avec Nadja, mais AB l’aperçoit rue Saint-Georges et la rejoint.

8 octobre : vendredi, rendez-vous manqué. Nadja seule au café de La Régence, place du Palais-Royal.

10 octobre, dimanche. AB et Nadja dînent quai Malaquais. « André !… Tu écriras un roman sur moi. Je t’assure. Ne dis pas non. Prends garde : tout s’affaiblit, tout disparaît. De nous il faut que quelque chose reste… » (OC I, 708).

1ᵉʳ novembre, mardi : Nadja écrit à AB : « Comment avez-vous pu m’écrire de si méchantes déductions de ce qui fut nous […] Comment ai-je pu lire ce compte rendu… entrevoir ce portrait dénaturé de moi-même, sans me révolter ni même pleurer ? » (OC I, 1 505)

4 novembre : bureau politique du PCF sanctionne le camarade qui ont a diffusé Légitime défense à L’Humanité.

6 novembre : « Danses surréalistes », Paris, Théâtre des Champs-Élysées, spectacle avec Valeska Gert, organisé par Yvan Goll : saboté par les surréalistes protestant contre l’usage du terme.

12 novembre, mardi : AB et Nadja, nuit à l’hôtel du Prince-de-Galles, à Saint-Germain-en-Laye.

Affiche originale du film en 1925.

15 novembre : le surréalistes assistent à la projection du film Le Cuirassé Potemkine  de Sergueï Eisenstein dans la salle de l’Artistic... « Vivent les Soviets » (La Révolution surréaliste, n° 8).

23 et 27 novembre : 1926 : au café Le Prophète, réunion « Adhérer au Parti communiste : exclusion d’Artaud et Soupault pour leur tiédeur politique.

Décembre : AB affecté à la cellule du gaz, PCF, 120 rue La Fayette.

1927

14 janvier :  André Breton, Louis Aragon, Paul Éluard, Benjamin Péret et Pierre Unik adhèrent au PCF.

31 janvier : Nadja à AB : « Est-ce que je pouvais prévoir que tout sombrerait ainsi tout à coup… alors que je n’ai rien fait, alors que j’étais devenue ton esclave »

21 mars 1927 : crise délirante de Nadja, conduite à l’Infirmerie Spéciale du Dépôt de la Préfecture de Police, quai de l’Horloge, puis à l’hôpital Sainte Anne et enfin à l’asile de Perray-Vaucluse, à Epinay-sur-Orge.

Avril : Tract Lautréamont envers et contre tout, signé AB, Aragon, Éluard, protestant contre les confusions de Soupault dans l’édition des Œuvres complètes.

3 avril : conférence d’AB sur Genbach, société de théosophie.

27 mai-15 juin : exposition « Yves Tanguy et objets d’Amérique », Galerie surréaliste. AB y expose des poupées Kachinas, découvertes avec Éluard.

Poupée kachina flûte. artiste inconnu. Site andrebreton.fr

Mai  : Au grand jour

Les auteurs : Louis AragonPierre UnikAndré BretonPaul ÉluardBenjamin Péret donnent les raisons de leur adhésion collective au Parti communiste.

12 juillet  : AB déclare au commissariat de police sa perte de documents personnels dans un taxi, dont des poèmes de Lise Deharme.

17 juillet : au Marché aux puces, AB découvre Fanny Beznos (1907-1942), jeune poétesse, militante communiste, qu’il publie dans La Révolution surréaliste d’octobre, et l’évoque dans Nadja.

29 juillet : Simone se sépare d’AB. Ils passent leurs vacances séparément, lui, seul, à Varengeville (Manche), au manoir d’Ango.

Août  : AB écrit Nadja, plus exactement un texte promis à la revue Commerce. Pour se mettre en train, il relit Huysmans, s’informe de documents inédits sur Victor Hugo.
Chaque matin, Aragon qui réside à Pourville vient lui lire les pages du Traité du style qu’il compose.

7 août :Manifestation en faveur de Sacco et Vanzetti ; Aragon défile à Dieppe.

7 août : la bande de la rue du Château vient le distraire de son écriture.

11 août : AB déjeune à Pourville avec Aragon et Nancy Cunard ; préparation avec Aragon du prochain numéro de La Révolution surréaliste (n° 9-10).

18 août : visite de Pierre Naville. Poursuite préparation de La Révolution surréaliste.

22 août : AB n’est qu’au préambule de Nadja.

31 août : AB de retour à Paris. Texte de Nadja écrit aux 2/3.

31 août : AB assure Desnos de l’attachement du groupe surréaliste à son égard.

14 septembre : AB constitue la documentation photographique de Nadja. Il se présente à Blanche Derval, interprète de Les Détraquées.

15-20 septembre : AB revoit Lise chaque jour, chez elle ou chez lui, avant son départ en cure à Luchon.

27 septembre : AB se rend compte que Lise se joue de lui, et le lui fait savoir.

1ᵉʳ octobre 1927 : parution de La Révolution surréaliste n° 9-10.

15 novembre : au Café Cyrano, Emmanuel Berl, en compagnie de Suzanne Muzard, demande une préface à AB pour Madame Putiphar de Petrus Borel, qu’il souhaite rééditer. Coup de foudre réxiproque AB-Suzanne.Le lendemain, tous trois visitent Éluard, souffrant. AB demande à Suzanne de le contacter. Début d’une relation passionnelle, voulus par Suzanne.

18 novembre : AB enlève Suzanne pour le Midi.

Suzanne Muzard. Collection particulière.

25 novembre : après Lyon, Avignon, Aix, séjournent à l’hôtel du Port, à Toulon où ils demeurent une quinzaine se jours. AB corrige les épreuves du Surréalisme et la peinture à paraître chez Gallimard.

26 novembre  : Aux écoutes publie un entrefilet fielleux sur Breton.

30 novembre : retour des amants à Paris, AB écrit la dernière partie de Nadja (voir le manuscrit autographe à la BnF).
Suzanne rejoint E. Berl.

1928


8 janvier : lettre d’AB à Paul Vaillant-Couturier (P.C.F.) sur les faiblesses de L’Humanité.

14 janvier : Comédie des Champs-Élysées, spectacle du Théâtre Alfred-Jarry (Artaud, Vitrac) : 1 acte d’un auteur non indiqué. AB s’élève : « Taisez-vous, tas de cons, c’est du Claudel. »

27 et 31 janvier : réunions du groupe surréaliste : recherches sur la sexualité (publiées dans La Révolution surréaliste, reprises en totalité dans le recueil des Archives du surréalisme, Gallimard, 1990)

9 février : Studio des Ursulines, La Coquille et le Clergyman de Germaine Dulac d’après Artaud. AB dans la salle lit les écarts par rapport au scénario.

11 février : sortie de Le Surréalisme et la peinture aux éditions Gallimard, avec 77 photogravures.

15 mars : AB se rend en Corse chez E. Berl pour lui reprendre Suzanne.

15 mars : parution de La Révolution surréaliste.

25 mai : parution de Nadja, éd. Gallimard, 4 planches photographiques. Le manuscrit autographe, classé Trésor national, est désormais conservé à la BnF, cote AF 28930. Consultation (bnf.fr)

9 juin : Le Songe de Strindberg monté par Artaud. Séance interrompue par AB qui refuse que le spectacle soit financé par l’ambassade de Suède. AB et ses amis sont conduits au poste de police.

9 août  : AB ne peut venir en aide à Fany Beznos expulsée en Belgique. (Lettre à Simone).

9 août  : Marcel Noll quitte la Galerie surréaliste avec un déficit de 13.000F.

12 août  : AB découvre Ulysse de Joyce dans la NRF, se demande pourquoi on ne lui en n’a jamais parlé.

28 août : Suzanne part avec AB à Moret-sur-Loing.

10 octobre : AB demande à Simone le divorce pour épouser Suzanne.

15 octobre : AB apprend que Simone le trompe avec Max Morise.

1ᵉʳ décembre 1928 : Suzanne épouse Berl.

1929

Janvier : AB fait réaliser par René Iché (1897-1954) le moulage en plâtre du visage d’Éluard et de lui-même ; suspendus à la fenêtre de son atelier.

Masques en plâtre d’Eluard et d’AB. Photographie de Marc Vaux. Droits andrebreton.fr

11 mars : réunion au Bar du Château. Objet : examen du sort fait à Trotsky. Au préalable, AB s’interroge sur « le degré de qualification morale » de chacun. Attaques contre le Grand jeu. Mise en cause de Roger Vailland, expulsion de G. Ribemont-Dessaignes. AB démonté par la présence de Simone accompagnant le président de séance, Max Morise.

1ᵉʳ–15 avril  : exposition Émilie Delbrouck et Marcel Defize, galerie Van Leer, 14 rue de Seine. Catalogue AB : « Il n’est pas de solution hors de l’amour ».

16-20 avril : AB à Bruxelles avec Éluard et Aragon. Composent avec les amis belges le numéro spécial de Variétés qui leur est consacré, avec Le Trésor des jésuites et le compte rendu de la réunion rue du Château : « À suivre – petite contribution au dossier de certains intellectuels à tendance révolutionnaire ».

Fin mai : Suzanne est avec Berl au pays Basque. AB la convainc de le rejoindre.

Juin : AB et Suzanne au Pouldu. île de Sein, hôtel Marzin, avec les Tanguy, Pierre Unik, Georges Sadoul. AB compose le Second Manifeste du surréalisme, à la recherche de ce point de l’esprit « d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et le bas cessent d’être perçus contradictoirement » (OC I, 781).

28 septembre : café de la place Blanche, AB et Éluard retournent une à une les « Notes sur la poésie » de Valéry.

Les scellés étant mis à son appartement, il loge avec Éluard, au Terrass’ Hôtel, rue Caulaincourt. Poursuit la rédaction du Manifeste, sur un ton plus violent.

1ᵉʳ octobre : studio des Ursulines, projection du Chien andalou de Buñuel et Dali à l’intention des surréalistes.

24 octobre : « jeudi noir » de Wall Street. La crise financière touchera la France quelques mois après.

5 novembre : suicide de Jacques Rigaut.

20 novembre-5 décembre 1929 : 1ère exposition de Salvador Dali à Paris, Galerie Goemans, rue de Seine, préface AB.

15 décembre : sortie de La Révolution surréaliste, n° 12 (dernier). Contient le Second Manifeste et une enquête : « Quelle sorte d’espoir mettez-vous dans l’amour ? »

Collaboration de Tristan Tzara : L’Homme approximatif (fragment).
Il participe désormais à toutes les réunions du groupe.

Excursion dans l’Est de la France avec Éluard, en quête de cartes postales 1900.

1930

Portrait imprimé de Breton au centre du premier feuillet, sous-titré “AUTO-PROPHÉTIE”. Il est représenté à 33 ans, le front ceint d’une couronne d’épines, comme le Christ.

15 janvier  : Un cadavre, contre les propos de Breton dans le Second Manifeste, 12 collaborateurs, à l’initiative de Desnos, publient un journal de 4 pages faisant écho à la publication de 1924 contre Anatole France. L’opération a été menée à bien par Georges Bataille. fort injurieux pour le sujet visé.

14 février : « Avant-après », consigne les réactions d’AB à la brochure précédente.

15 février : expédition punitive des surréalistes contre le bar Maldoror, ouvert à Montparnasse, ainsi dénommé sur une suggestion de Roger Vitrac. Dans la bagarre, René Char est sérieusement blessé d’un coup de couteau.

12 mars 1930 : fermeture de la Galerie surréaliste.

20 mars délaissé par Suzanne, AB se rend à Avignon, rejoint par Éluard et Char. Ils composent ensemble Ralentir travaux, (publié à Nîmes le 20 avril).

Avril : AB, brève liaison avec une danseuse du Moulin Rouge âgée de 20 ans.

25 juin : le Second Manifeste du surréalisme paraît aux éditions Kra, précédé d’un prière d’insérer collectif en soutien à l’auteur.

http://melusine-surrealisme.fr/site/Surr_au_service_dela_Rev/Surr_Service_Rev.htm

Début juillet : première livraison de la nouvelle revue Le Surréalisme au service de la révolution, en abrégé SASDLR : AB directeur, Éluard gérant, dépôt chez José Corti, rue de Clichy. Engagement absolu envers l’URSS.

30 juillet : Aragon décrit à Éluard l’état moral pessimiste d’AB, proche du suicide.

1ᵉʳ-15 août : AB séjourne seul chez ses parents à Lorient.

20 août : retour 42 rue Fontaine où Éluard a loué un studio. Rédigent à quatre mains un texte automatique.

Recueil de poésies d’André Breton et de Paul Éluard orné d’une illustration en couverture de Salvador Dali et d’un dessin de Clovis Trouille. Publié en 1930. Site AAB

1ᵉʳ-15 septembre : date du manuscrit de L’Immaculée Conception, d’Éluard et Breton, qui paraîtra le 24 novembre aux Éditions surréalistes.

Début octobre : mise en vente du SASDLR, n° 2. AB traite des « Rapports du travail intellectuel et du capital »

Novembre-décembre : avec Thirion, AB rédige les statuts d’une Association des artistes et écrivains révolutionnaires (AAEAR), qui ne verra pas le jour. Voir lettre de Thirion

6 au 11 novembre : congrès de Kharkov (Premier congrès international des écrivains pour la défense de la culture). À l’issue, Aragon et Sadoul, représentants officiels du surréalisme, signent une déclaration dénonçant le freudisme et le trotskisme de leur mouvement.

1ᵉʳ décembre : AB : « l’instinct sexuel et l’instinct de mort », dans la brochure de présentation du film L’Âge d’or de Buñuel et Dali. Projection au Studio 28 à Montmartre. La Ligue des Patriotes et la Ligue antijuive saccagent l’exposition de tableaux. Intervention policière.

André Breton chronologie numérique (3)

1919-1921

1919

6 janvier : Jacques Vaché (et un de ses 4 compagnons de chambrée) succombe à une surdose d’opium à l’Hôtel de France à Nantes. AB n’en est informé que dix jours plus tard. Il enquête (par courrier) auprès de la presse et du directeur de l’hôpital des armées Broussais. Pour lui, Vaché s’est suicidé, entraînant un ami par une « fourberie drôle », comme il le lui avait laissé entendre.

6 janvier : de Zurich, Tristan Tzara lui adresse Dada III et lui demande de collaborer à sa revue. AB enthousiasmé à la lecture des déclarations  du Manifeste Dada 1918 : « Que chaque homme crie : il y a un grand travail destructif, négatif, à accomplir. Balayer, nettoyer [… ] Liberté. dada dada dada, hurlement des douleurs crispées, entrelacement des contraires et de toutes les contradictions, des grotesques, des inconséquences : la Vie »

13 janvier : AB adresse à Vaché une lettre-collage s’achevant sur cet appel en lettres capitales : « JE VOUS ATTENDS (voir fac-similé : G. Sebbag, L’imprononçable jour de sa mort Jacques Vaché janvier 1919, J.-M. Place, 1988). La disparition de Vaché le conduit à publier ses Lettres dans 3 livraisons de Littérature, juillet, août et septembre 1919.

15 janvier  : AB se loge à l’Hôtel des Grands Hommes, 9 place du Panthéon. (voir la plaque apposée sur la façade, aujourd’hui n° 17).

22 janvier : AB écrit à Tristan Tzara : « Je me préparais à vous écrire quand un chagrin m’en dissuada. Ce que j’aimais le plus au monde vient de disparaître : mon ami Jacques Vaché est mort. Ce m’était une joie dernièrement de penser combien vous vous seriez plu : il aurait reconnu votre esprit pour frère du sien et d’un commun accord nous aurions pu faire de grandes choses » (AB, Correspondance avec T. Tzara et F. Picabia, Gallimard.

15 mars : Aragon, Breton, Soupault fondent la revue Littérature, bientôt rejoints par Éluard. Direction et rédaction : 9 place du Panthéon, Paris.

Avril : AB présente Poésies de Lautréamont dans Littérature.
Peu après, il discute avec Modigliani sur un banc de l’avenue de l’Observatoire. Il apprécie sa compréhension immédiate des Poésies d’Isidore Ducasse. Lui achète un dessin.
Dans sa correspondance avec Aragon, il prêche pour la poésie-publicité.

17 avril  : AB adresse à Aragon une carte postale du Musée de Nantes reproduisant le Portrait de Mme de Senonnes d’Ingres avec cette mention : « Un des tableaux que j’ai le plus aimés. »

Portrait de Madame de Senonnes peint en 1814 par Jean-Auguste-Dominique Ingres 

Mai-juin : avec Soupault, rédaction, en quinze jours, des Champs magnétiques qui paraîtront en 3 livraisons de Littérature (mais aussi dans 7 autres revues dadaïstes) et en volume l’année suivante (voir : 30 mai 1920). Euphorie, joie immédiate des scripteurs (OC III, 461). G. Auric se remémore les lectures que lui en fit AB au « 4e Fiévreux » de l’hôpital du Val-de-Grace.

5 juin : AB se fait réintégrer à la Faculté de médecine de Paris.

10 juin : Publication de Mont de piété avec deux dessins inédits d’André Derain, Au Sans Pareil. Aucun service de presse, mais envoi à quelques amis. Valéry répond : « M. V… est étonnamment content de votre volume, qui l’eût dit ? Devient-il fou comme ces jeunes gens de Littérature ? Mais figurez-vous qu’il se trouve très à l’aise et très ressemblant entre le pôle Mallarmé et le pôle Rimbaud de votre univers. Le fait des comparaisons. Il se voit l’homme qui ferme la chaîne des électricités, et tend le doigt tout chargé vers l’autre corps, avec attente des étincelles. » (26 juillet 1919, OC I, 1 093)

12 juin  : « Il ne faut pas se faire d’illusion, on est disqualifié au bout d’un an ou deux tout au plus… » écrit-il à Aragon. Et le même jour à Tzara : « Mais vous, mon cher ami, comment sortirez‑vous ? Répondez-moi, de grâce, voyez-vous une autre fenêtre ? (C’est aussi pour moi que j’interroge) » (Correspondance avec Tzara et Picabia)

1er juillet : obtient le brevet de médecin-auxiliaire.

Juillet : Littérature, n° 5 : publicité pour Dada ; début publication Lettres de Jacques Vaché.

1er août : permission. Se rend à Lorient, chez ses parents. Poursuit l’écriture automatique : « Usine » (sera intégré aux Champs magnétiques).

10 août : Lettres de guerre de J. Vaché, Au Sans Pareil, introduction d’AB, Maurice Barrès, sollicité, s’étant récusé.

1er septembre  : affecté au camp d’aviation d’Orly comme médecin-auxiliaire. Le vaste terrain d’aviation, silencieux et presque désert, l’émeut d’autant plus qu’il n’est pas mécontent de s’isoler de ses amis, trop préoccupants à son gré.

5 septembre : citant Tzara, AB interroge Valéry : « Quel cas faites-vous de la formule “l’absence de système est encore le plus sympathique des systèmes” » en précisant qu’elle est d’un de ses amis, « le seul qui ait en ce moment une influence sur moi ».

20 septembre : démobilisation.
Pour célébrer son retour à la vie civile, AB part en Bretagne avec sa maîtresse, Georgina Dubreuil, au cours d’un voyage ironiquement baptisé « Lune de miel » dans une pièce automatique (insérée ensuite dans les Champs magnétiques, OC I, 86). Dans la chapelle de Roscudon à Pont Croix (Finistère), AB souffle des cierges : « De quoi vais-je bien pouvoir payer ce geste ! » s’exclame-t-il.

Il a fait état de cette relation 35 ans après, dans l’article « Magie quotidienne » en publiant la lettre que cette femme lui adressait nostalgiquement. En le détournant du Bois‑Sacré, elle l’avait involontairement poussé au sacrilège. Commentant la citation, Breton précise : « Elle émane d’une femme qui fut jadis non pas mon amie – il s’en faut de beaucoup – mais ma maîtresse comme on ne craignait pas de dire alors, et c’était autrement exaltant. Elle avait dans l’amour un côté fusée. Nous nous sommes séparés il y a si longtemps dans les pires termes – sur une crise de jalousie, d’ailleurs totalement injustifiée de sa part. » (OC III, 930)

7 octobre : AB à Tzara : « Vaincre l’ennui. Je ne pense qu’à cela nuit et jour »

20 octobre : retour de Bretagne. Période inactive. Ne poursuit pas d’études, n’écrit pas.
« Je tourne pendant des heures autour de la table de ma chambre d’hôtel, je marche sans but dans Paris, je passe des soirées seul sur un banc de la place du Châtelet. Il ne semble pas que je poursuive une idée ou une solution : non, je suis en proie à une sorte de fatalisme au jour le jour, se traduisant par un “à vau-l’eau” de nature plutôt agréable. Cela se fonde sur une indifférence à peu près totale qui n’excepte que mes rares amis… », (OC III, 457).

3 novembre  : Georgina Dubreuil aurait subtilisé les lettres de son mari à sa propre maîtresse. Elles inspirent à Breton une solution au problème que se posait Valéry : « Amoureux, comment Monsieur Teste raisonne-t-il ? » Il en fait part à ce dernier en lui recopiant de longs fragments de cette correspondance, tentant de formuler mathématiquement la passion : « Si donc j’ai vu juste, je puis mettre en langage analytique la théorie de Quinson, comme Lagrange a mis en équations les vues de Copernic et de Newton. Tout le monde inepte du déterminé s’écroule. Problème insoluble depuis Riemann […] »

Jalouse, ardente et possessive, Georgina mit fin à leurs rencontres au bout de six mois en venant saccager sa chambre.

Décembre  : Littérature, n° 10 : AB publie la lettre ouverte de Tzara à Jacques Rivière, directeur de la NRF : « Je serais devenu un aventurier à grande allure et aux gestes fins si j’avais eu la force physique et la résistance nerveuse pour réaliser ce seul exploit : ne pas m’ennuyer ». AB s’en inspire pour lancer l’enquête « Pourquoi écrivez-vous ? »

25 décembre : sur les instances de Tzara, AB a pris contact avec le peintre-poète Francis Picabia (1879-1952). Lui rend visite le jour de Noël.

1920

4 janvier : visite Picabia chez sa compagne Germaine Everling. Elle a conté cette relation dans L’Anneau de Saturne. Tandis qu’elle allait accoucher, Picabia dissertait de Nietzsche avec AB, lequel lui opposait Hegel.

5 janvier  : AB écrit à Picabia : revient sur la conversation, convient qu’il faut créer les conditions d’avènement de l’homme nouveau. Il a rompu avec Reverdy ; Gide et Valéry ne figurent dans Littérature que pour accroître la confusion.

12 janvier : lecture à la librairie Au Sans Pareil de S’il vous plaît, pièce en un acte d’AB et Ph. Soupault. Selon Aragon, les auteurs devaient, au dernier acte, jouer leur destin à la roulette russe avec un pistolet chargé à balles réelles…

14 janvier : AB écrit à Tzara : « Je n’attends plus que vous ».

17 janvier : arrivée de Tzara à Paris. « Tristan dont le rire est un grand paon » dira de lui Soupault. « Nous fûmes quelques-uns qui l’attendîmes à Paris comme s’il eût été cet adolescent sauvage qui s’abattit au temps de la Commune sur la capitale dévastée et duquel aujourd’hui encore ceux qui le connurent gardent un blême effroi : le Diable, dit Forain qui le voit toujours dans ses rêves, et Rimbaud le tire par les pieds », écrit Aragon en 1922 (note à J. Doucet sur 25 Poèmes).

Démobilisé, Benjamin Péret s’installe à Paris, fait la connaissance du trio de Littérature.

23 janvier : Premier « Vendredi de Littérature ». Le programme très varié est chahuté. AB, fiévreux, déclame des poèmes qui deviennent dans sa boche une provocation. Tzara lit un article de Léon Daudet dans L’Action française, accompagné en coulisses par les crécelles et clochettes d’Aragon et d’AB.

5 février : manifestation Dada au Grand Palais (Salon des Indépendants). AB y déclame « Bocaux dada », un texte mimant l’interrogation des patients à l’hôpital psychiatrique : « Comment t’appelles-tu ? Quel est ton métier ? Et tes parents ? » (OC I, 411). On distribue Bulletin Dada, la sixième livraison de la revue dada, témoignant de son implantation parisienne.

7 février : au Club du Faubourg, AB lit avec enthousiasme le Manifeste dada 1918 de Tzara.

19 février : à l’Université populaire du faubourg Saint-Antoine, les intervenants cherchent à se faire comprendre d’un public populaire. Dans « Géographie dada » AB marque son territoire : « dada est un état d’esprit […] dada, c’est la libre-pensée artistique. » Il exprime ainsi son nihilisme : « Il est inadmissible qu’un homme laisse une trace de son passage sur la terre. » (OC I, 230)

21 mars : les parents d’AB se présentent à son hôtel, exigent qu’il reprenne ses études médicales ou bien qu’il rentre à Lorient. Sa mère s’emporte jusqu’à dire qu’elle aurait préféré le voir mort à la guerre… Ph. Soupault plaide en sa faveur. Tzara le convainc de rester avec ses amis.

22 mars : Louis Breton écrit à Valéry, lui demande de ramener son fils à la raison.
25 mars : AB à Valéry : « Les conditions qui m’ont été faites par ma famille ne me paraîtront pas plus acceptables demain […] Mes actes (en littérature, etc.) ont toujours cru pouvoir supporter votre critique et je ne vous dépeindrai pas ma tristesse en vous entendant l’autre soir juger assez sévèrement ce que je pense être ma loi. »

Siège de la NRF rue Madame, Paris 6e

26 mars : sur l’intervention de Valéry, Gaston Gallimard engage AB pour l’expédition de la NRF à ses abonnés, pour un salaire mensuel de 400F ; à quoi s’ajouteront les 50F que Marcel Proust lui versera pour chaque séance de lecture à haute voix des épreuves de Du côté de Guermantes. AB appréciera l’accueil de Proust, et même sa prose recelant des trésors de poésie. Toutefois, l’auteur de Guermantes ne sera pas satisfait des corrections d’AB,le contraignant à publier une liste de 200 errata. (Voir ses 2 lettres à AB et Soupault : https://www.jstor.org/stable/40522688; https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3289.

27 mars : Manifestation Dada au théâtre de l’Œuvre ! S’il vous plaît et Vous m’oublierez, sketches de AB et Soupault, interprétés par les auteurs ;
http://melusine-surrealisme.fr/site/Dada-revue/Dada_7_Revue.htm
une de ses répliques : « Les grands magasins de la Ménagère pourraient prendre feu » (OC I, 125), devait revêtir un caractère prophétique puisque lesdits magasins du boulevard Bonne Nouvelle brûlèrent l’année suivante. La Première Aventure de M. Antipyrine de Tzara avec les mêmes acteurs (et leurs amis). Les dadas se donnent des surnoms : Breton : « Royer-Collard jeune » que lui aurait attribué Apollinaire, par référence au directeur de l’asile de fous de Charenton.


Antoine, Athanase Royer-Collard, aliéniste (1768‑1825)

Musidora y participait, et AB grimé en homme-sandwich par Picabia, portait cette affiche : « Pour que vous aimiez quelque chose il faut que vous l’ayez vu et entendu depuis longtemps. Tas d’idiots »


Portrait d’AB au Festival Dada

1er avril : dans Comoedia, AB réfute les allégations xénophobes de Rachilde.

Littérature, n° 13 : « vingt-trois manifestes dada ». AB y publie « PSTT », « Parfums d’Orsay », « Les Reptiles cambrioleurs ».

26 mai : Festival Dada, salle Gaveau : La Deuxième Aventure céleste de M. Antipyrine de Tzara, Vous m’oublierez, de AB et Soupault, joué par les auteurs. AB prête sa voix à Picabia et à G. Ribemont-Dessaignes.

30 mai : achevé d’imprimer Les Champs magnétiques : L’écriture « par quoi tout commence » selon Aragon. Manuscrit (provenant des archives de T. Fraenkel) BnF : Naf 18303, publié et transcrit en 1984 chez Lachenal et Ritter (repris par Gallimard).

On a montré (cf. l’exposition L’Invention du surréalisme, BnF, sept. 2019-fév. 2020) comment AB, écartant Soupault (avec son accord) avait repris les pages manuscrites des deux collaborateurs, les avait ordonnées en chapitres d’un volume publiable ; élaborant à partir de l’automatisme ce qu’il allait nommer le surréalisme, et définir plus tard pédagogiquement dans le Manifeste de 1924 (à quoi il ajoutera en 1932 la notion de vitesse d’écriture). Tandis que Soupault dira qu’ils s’inspiraient de L’Automatisme psychologique de Pierre Janet (1894), AB se référera constamment à Freud. Reste qu’un bon nombre de fragments ont été reçus et publiés par des revues dadaïstes, ce qui témoignait d’une convergence de vues sur l’écriture automatique…

1er juin : AB, « Les Chants de Maldoror…. », NRF, n.s. n°81, p. 917-20.

20 juin : envoi autographe signé par les auteurs des Champs magnétiques à Marcel Proust.

Fin juin 1920 : au jardin du Luxembourg, à Paris, AB fait la connaissance de Simone Kahn, qui lui est présentée par T. Fraenkel. Elle est l’amie de sa fiancée, Bianca Maklès. Passionnée de littérature, elle est abonnée au cabinet de lecture d’Adrienne Monnier, ainsi qu’à la revue Littérature. Elle a assisté au Festival Dada de la salle Gaveau, qu’elle juge d’« une grossièreté et d’une pauvreté qui se rendent l’une l’autre inexcusables ». (Lettres à Denise, 1er juin 1920, p. 53).. Elle a relaté cette première rencontre : « Vous savez, je ne suis pas dadaïste, lui dis-je d’emblée, après les présentations. – Moi non plus” me répondit-il, avec ce sourire qu’il sut garder toute sa vie quand il faisait des réserves sur une de ses dispositions doctrinales. » (Conférence sur la peinture surréaliste, 1965)


Simone Kahn née à Iquitos (Pérou) le 3 mai 1897, morte à Paris le 30 mars 1980. Photo Man Ray.

9 juillet : Simone écrit à sa cousine Denise Lévy qu’elle a revu AB : « C’est vraiment un type intéressant. Je ne sais pas ce que la vie fera de notre sympathie » (Lettres à Denise (2005, p. 55).

15 juillet : première lettre d’AB conservée par Simone : « Certainement j’éprouve un grand plaisir à vous voir ; merci de l’avoir deviné. » (publiée, comme celles qui suivent, dans AB, Lettres à Simone Kahn, 1920-1960, Gallimard, 2016 ; les lettres de Simone auraient été détruites).
Voir : https://www.ens.psl.eu/actualites/exposition-autour-de-la-correspondance-d-andre-simone-breton

23 juillet : AB quitte son emploi à la NRF (cf. Lettre à Simone le lendemain).

24 juillet : malade à plusieurs reprises, AB s’installe chez ses parents à Lorient pour deux mois.

J. Rivière lui propose de collaborer à la NRF, lui demande un article sur les Odes de Valéry : « Vous êtes un poète, cela ne fait pas de doute, ou plutôt vous le deviendrez, dès que vous vous en serez reconnu le droit… » AB n’écrit pas sur Valéry ni sur Apollinaire demandés par la NRF.

31 juillet : Simone écrit à Denise au sujet d’AB : « Personnalité de poète très spéciale, éprise de rare et d’impossible, juste ce qu’il faut de déséquilibre, contenue par une intelligence précise même dans l’inconscient, pénétrante, avec une originalité absolue… »

1er août : AB : « Pour Dada », NRF, n° 83, suivi de : Jacques Rivière, « Reconnaissance à dada ». Celui-ci écrit : « Saisir l’être avant qu’il n’ait cédé à la compatibilité ; l’atteindre dans son incohérence, ou mieux dans sa cohérence primitive, avant que l’idée de contradiction ne soit apparue et ne l’ait forcé à se réduire, à se construire ; substituer à son unité logique, forcément acquise, son unité absurde, seule originelle : tel est le but que poursuivent tous les dadas en écrivant. » Le groupe Dada, si bien compris, craint d’être récupéré.

6 août : dans une de ses lettres quotidiennes à Simone Kahn (qui passe des vacances en Bretagne), AB dit le bien qu’il pense de ses amis en les caractérisant : « Mes amis tiennent une place dans ma vie. J’aime énormément Soupault et Tzara, un peu moins Éluard, Aragon, Picabia… »

31 août : AB annonce à Simone qu’il n’écrira pas la préface demandée par F. Picabia pour Jésus-Christ Rastaquouère, tant il réforme le dadaïsme en lui.

1er septembre : note sur Gaspard de la nuit, NRF, n.s., n° 84.

11-14 septembre : AB rejoint Simone à Sarreguemines chez Denise, une femme très cultivée, dominant la culture allemande autant que la française.

20 septembre : AB demande à Simone (par lettre) de passer sa vie avec lui.

28 septembre : AB écrit à J. Rivière : « Je procède d’ailleurs à une révision complète de mes idées qui pourra me conduire plus près de vous que je n’ai été encore ».

Fin septembre : le Prix Blumenthal, de 20.000 Fr, que plusieurs membres du jury avaient promis à Breton, est remis à J. Rivière (le second à A. Salmon). Vive déception.

5 octobre : AB rentre à Paris. Loge chez Ph. Soupault, 41 quai de Bourbon, siège de la revue Littérature depuis le n° 15, juillet-août 1920.

19 octobre : réunion des directeurs de Littérature pour définir sa nouvelle orientation, installer un comité de lecture, etc. Résultat : 3 mois de retard ! AB tente un rapprochement avec Tzara, mais celui-ci ne répond pas.

AB loge à l’Hôtel des Écoles, 15 rue Delambre. Il donne des leçons de littérature à Jeanne Tachard, fondatrice de la maison de couture Talbot. (voir vente collection : Jeanne Tachard, le choix de la modernité | Gazette Drouot (gazette-drouot.com)

André Germain directeur des Écrits nouveaux, lui repasse l’anthologie de la poésie nouvelle qu’il préparait depuis 2 ans pour les éditions Crès. AB écrit deux notices : sur Éluard et son usage du langage ; sur Soupault et son instinct poétique (le projet passe entre les mains de Tzara, qui ne le mène pas davantage à l’impression).

24 octobre : La correspondance publiée d’AB avec Simone s’arrête le dimanche 24 octobre 1920. Elle ne reprendra que le jeudi 2 juin 1921.

Décembre, J. Tachard recommande AB à Jacques Doucet (1853-1929), autre collectionneur et mécène, amateur de littérature. Depuis 1916, il avait constitué une bibliothèque moderne, conseillé par le libraire Camille Bloch (1887-1967), et s’était tenu au courant des débats contemporains en rétribuant les auteurs qui lui écrivaient. Il prend Breton comme bibliothécaire et conseiller, chargé de lui adresser une lettre hebdomadaire rétribuée.

15 décembre : AB tient un carnet notant ses conversations avec les poètes et les peintres en leur atelier (OC I, 613-623).

André Derain. Chien tenant dans sa gueule un oiseau, vers 1921, coll. particulière. Tableau offert à Simone par AB.

20 décembre : 1ère lettre à Doucet (publiée dans AB, Lettres à Jacques Doucet, Gallimard, 2016).

25 décembre : Congrès de Tours, fondation du Parti communiste français.

28 décembre : AB entraîne Aragon au Journal du peuple pour s’inscrire au Parti. Reçus par Georges Pioch (1873-1953), qui, de fait, les en dissuade. De même à L’Humanité, où AB doute de pouvoir souscrire aux injonctions du Komintern : « J’aimerais savoir jusqu’où vont ses exigences », note-t-il (OC I, 615).

1921

1er janvier : AB explique à Valéry : « Tout de même, si je me tourne parfois vers dada c’est avec un semblant de raison puisque j’ai tant de peine à mener à bien ce que je souhaite. »

3 janvier 1921 : AB indique à J. Doucet les raisons qui le rattachant à Dada et surtout à Tzara et Picabia. Pour lui, il ne faut rien laisser perdre des vertus de la jeunesse.

12 janvier : tract « Dada soulève tout », Au Sans Pareil :

15 janvier  : AB participe au sabotage de la conférence de Marinetti sur le Tactilisme au Théâtre de l’Œuvre. Le tract « Dada soulève tout », distribué alors, exprime les revendications opposées au futurisme (interventions orales des dadaïstes imprimées dans Littérature, n° 18).


1er mars : « Liquidation », Littérature, n° 18 : tableau portant les notes attribuées par chaque dadaïstes aux célébrités littéraires.

3 mars : AB explique sa démarche à J. Doucet : « … le tableau ainsi constitué en dira, je crois, plus long sur l’esprit de Littérature qu’une série d’articles critiques de ses différents collaborateurs. Il aura l’avantage de nous situer très exactement et même de montrer de quoi nous procédons, à quoi nous nous rattachons, à la fois ce qui nous lie et ce qui nous sépare. » (Lettres à J. D., p. 86)

15 mars : création de Les Détraquées, de P. Palau, au Théâtre des Deux-Masques, rue Fontaine. AB voit cette pièce à plusieurs reprises, la considérant comme un coup de projecteur sur « les bas-fonds de l’esprit, là où il n’est plus question que la nuit tombe et se relève » (OC I, 668). Il en traite longuement dans Nadja. Par la suite, il apprend que le collaborateur que Palau, qui signe Olf, est le Dr Babinski.

« Grande Saison dada ». Reprise des manifestations Dada.

14 avril : Visite à Saint-Julien-le-Pauvre

A Saint-Julien Le Pauvre. Tristan Tzara et André Breton au centre.

AB déclare : « Tout ce qui s’est passé jusqu’ici sous l’enseigne de dada n’avait que le caractère d’une parade. D’après elle vous ne pouvez vous faire aucune idée du spectacle intérieur. Le rideau ne va pas tarder à se lever sur une comédie autrement fantastique… » (OC I, 627).

14 avril : à la fin de cette manifestation, fondation de la revue Aventure  (1921-1922): Roger Vitrac et ses camarades de régiment, René Crevel, François Baron et son jeune frère Jacques prennent un verre avec Aragon à la Taverne du Palais, 5 place Saint-Michel.

Le lendemain, AB reçoit Jacquers Baron (16 ans) dans son hôtel, rue Delambre. Il considère que la manifestation était pitoyable (voir : L’An I du surréalisme, 1969, témoignage des plus sincère sur cette période).

Fin avril : incident au café Certà, passage de l’Opéra, lieu de réunion des dadaïstes : un portefeuille égaré est confié à Paul Éluard, qui le remet, le lendemain, à son légitime propriétaire, tandis que AB proteste contre ce conformisme bourgeois (rapporté par Robert Desnos, « Histoire d’un portefeuille volé », Nouvelles Hébrides, pp. 320-21).

Première page du catalogue de l’exposition Max Ernst en 1921

3 mai-3 juin 1921 : exposition Max Ernst, Au Sans Pareil. AB et Simone offrent l’encadrement de quarante-deux peintures, huit dessins et quatre œuvres en collaboration dites « fatagagas ». AB préface le catalogue (OC I, 245).

11 mai : « M. Picabia se sépare des dadas », annonce le quotidien Comœdia. Comoedia / rédacteur en chef : Gaston de Pawlowski | 1921-05-11 | Gallica (bnf.fr)

13 mai : AB préside le procès de Maurice Barrés pour « atteinte à la sûreté de l’esprit ». Salle des Sociétés savantes, rue Danton, à 21h30.
Assesseurs : Théodore Fraenkel, Pierre Deval. Accusateur public : Georges Ribemont-Dessaignes ; Défense : Louis Aragon, Philippe Soupault….

Dossier. Créateur et juges : effets de miroir L’affaire Barrès : le théâtre du procès Nathalie Piégay-Gros, Cahiers de la Justice 2012/4 (N° 4), pages 43 à 52.
Au même moment, l’inculpé donnait une conférence à Aix-en-Provence sur « L’âme française pendant la guerre ».
Les interventions sont publiées : « L’affaire Barrès », Littérature, n° 20, août 1921.

AB tire la leçon de cette séance pour J. Doucet : « Les Enfers artificiels » (OC I, 623).

6-30 juin 1921 : « Salon Dada » au Studio des Champs Elysées, 1er étage de l´immeuble de l’avenue Montaigne nommé « Galerie Montaigne ».

7 juin : Soirée Bruitiste, concert de Marinetti et futuristes. Chahut provoqué pr les Dadaïstes.

10 juin : Soirée-Dada.

13-14 juin : Salle Drouot, vente des biens saisis aux Allemands Kahnweiler et Uhde. AB y prend part, se concerte avec J. Doucet pour l’achat de certaines œuvres.

18 et 30 juin 1921 (15h30) : « Grande Après-Midi Dada » au Théâtre des Champs Élysées.

AB parti à Lorient après le “Procès Barrès” y prépare son “Adieu à Dada”. Assiste seulement à la dernière représentation en spectateur passif.

16 juillet : AB relate pour J. Doucet (Lettres, p. 95) la soirée au cours de laquelle il a été reçu par les parents de sa fiancée : spectacle de ballet de La Chauve-souris (Moscou), puis dîner avenue Niel. Doucet résout ses difficultés financières en lui offrant un contrat de secrétaire puis de conseiller artistique, pour sa bibliothèque de la rue Noisiel, assorti d’un salaire annuel de vingt mille francs (24 394,02 Euros en 2022 ). La famille Kahn alloue 12.000FF annuels à Simone (14 636,41 Euros en 2022).

AB assure ses nouvelles fonctions avec assiduité. Chaque matin, il est à la bibliothèque, répond au courrier, tient son patron au courant des événements littéraires et artistiques.

21 juillet : AB accompagne Tristan Tzara gare de l’Est, où il prend le train pour rejoindre sa compagne à Prague.

Août : AB à Lorient, soigne une affection pulmonaire.

André Breton et Simone Kahn en 1921 au moment de leur mariage.

15 septembre, 11 h 30  : AB épouse Simone Kahn. à la mairie du XVIIe arrondissement, rue des Batignolles. Paul Valéry est le témoin du marié ; Gaston Kahn (son frère) celui de la mariée. La mère d’André n’a pas jugé utile de se déplacer, mais elle a donné son consentement par un acte authentique ; son père est venu de Lorient. Félix Kahn et son épouse sont présents et consentants.

Acte de mariage de Simone Kahn et André Breton

6 septembre : Dada augrandair : brochure de 4 pages sur papier rose, contenant des poèmes et des aphorismes en français et en allemand, avec des gravures d’Arp et de Max Ernst. Une des plus belles réussites de dada, en réponse aux accusations de Picabia.

11 septembre : arrivée du couple Breton au Tyrol, à Tarrenz, près d’Imst. Accueilli à l’Hôtel de la Poste par les couples Ernst, Arp, Tzara, Éluard (Gala les rejoindre plus tard).

AB et Simone vont à Innsbruck en quête d’antiquités. Rejoints par le couple Éluard.

9 octobre  : lettre de Freud à AB : « Cher Monsieur, n’ayant que très peu de temps libre dans ces jours je vous prie de bien vouloir venir me voir lundi (demain 10, à 3 heures d’après-midi dans ma consultation). Votre très dévoué Freud ».


Salle d’attente du 19 Berggasse, Vienne.

10 octobre : AB reçu par S. Freud dans son cabinet, à Vienne. Le savant reçoit un exemplaire dédicacé par les auteurs des Champs magnétiques sans y prêter attention. Entrevue décevante, dont AB rend compte avec dérision : « Interview du professeur Freud », Littérature, n. s. n° 1, 1er mars 1922, p. 10 (OC I, 25).

Retour à Paris. AB reprend son service à la bibliothèque de J. Doucet, 2 rue Noisiel.

17 novembre : 2e vente Kahnweiler : AB achète, avec Simone : œuvres de Braque, Derain, Gris, Léger, Picasso, Vlaminck et Van Dongen.

3 décembre : AB plaide pour l’achat d’une œuvre maîtresse telle que les Demoiselles d’Avignon par Doucet, lui recommande aussi l’acquisition d’un Derain, Le Samedi ou Le Chevalier X (désormais à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg ; voir Lettres à cette date).

Décembre : AB suggère à Doucet l’achat de manuscrits de Paulhan, Tzara, Éluard, Desnos, Jacques Baron, Limbour et Péret.

Bibliothèque chez Jacques Doucet.

André Breton chronologie numérique (2)

1915 – 1918 AB mobilisé

1915

26 février : la classe classe 1916 est appelée sous les drapeaux par anticipation dès 1915.
Matricule militaire n° 4617. (Voir archives de la Seine)

12 avril-29 juin 1915 : AB fait ses classes au 17e régiment d’artillerie de campagne à Pontivy (Morbihan). T. Fraenkel est au Crotoy (AB à T. F. jeudi 22 avril 1915, M. Bonnet p. 70).

André Breton militaire

Citant Rimbaud « Je meurs, je me décompose dans la platitude, dans la mauvaiseté, dans la grisaille. » N’est-ce pas cela « l’école des bons travaux abrutissants ? » demande-t-il à Fraenkel.

Les appels patriotiques de Bergson ou de Barrès le laissent indifférent (OC III, 436).

Lit Les Jours et les Nuits, roman d’un déserteur, d’Alfred Jarry, les premiers recueils poétiques de Pierre-Jean Jouve, et surtout Guillaume Apollinaire.

7 juin 1915 : AB demande l’aide de Valéry pour le sortir de cette situation : « J’entrevois le monde très lointain des poètes que j’aimais ; je retrouve en souvenir, avec incrédulité, ma vie sentimentale d’hier. Un instant, je déjoue le complot des choses d’ici. »

André Breton à Nantes pendant la Grande Guerre
André Breton à Nantes pendant la Grande Guerre

Juillet 1915-juin 1916 Nantes

AB affecté 2 section d’infirmiers militaires, comme interne à l’hôpital bénévole, ambulance municipale n° 103 bis, 2 rue Du Boccage à Nantes. C’est le lycée de jeunes filles, Lycée Guisthau, alors en construction.

Octobre 1915 : Théodore Fraenkel est affecté à Nantes dans le même hôpital que AB.

Son affectation d’interne en médecine est très prenante, mais elle le change du sac au dos !

Lectures de Jarry, Apollinaire, René Boylesves, Francis James, Jules Laforgue, René Ghil, Paul Fort, Pierre Louÿs et les maîtres : Baudelaire, Mallarmé et Valéry.

30 août 1915, AB est promu soldat de 1ère classe.

Octobre 1915. T. Fraenkel et AB à Nantes.
AB et T. Fraenkel à Nantes en Octobre 1915

10 octobre 1915, première nuit platonique à l’hôtel avec sa cousine Manon, Madeleine Le Gouguès (née le 18 février 1894). Il lui avait dédié en septembre 1913 un poème manuscrit sur un éventail (OC I, 36).

Madeleine Le Gouguès, dite Manon. Cousine d'André Breton.
La cousine Manon

24 octobre 1915, seconde nuit, couche avec Manon. Déception totale, AB se déclare tenant de l’agynisme (indifférence à l’égard de la femme) auprès d’André Paris.

27 octobre 1915 : AB fait part de cette liaison à son camarade André Paris (étudiant en pharmacie, connu durant son service à Nantes, alors à Paris) : « aventure sentimentale terrible ».

Décembre 1915 : début des relations épistolaires avec Apollinaire. Voir dossier numérique : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Po%C3 %A8te_assassin%C3 %A9/Correspondance_manuscrite
et : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10084658f/f12.item.langFR

Décembre 1915 : AB et Théodore Fraenkel font la connaissance de Jacques Vaché, dans son lit d’hôpital rue Du Boccage, où il avait été admis le 22 novembre, puis opéré le 7 décembre. Ils s’y verront jusqu’au 8 février 1916, date de son transfert dans un autre hôpital militaire nantais, 10, rue Arsène-Leloup.

La logique temporelle et les recherches des éditeurs des récentes Lettres de guerre 1914-1918 de Vaché, présentées et annotées par Patrice Allain et Thomas Guillemin (Gallimard, 2018), fondées sur son livret militaire, nous conduisent à avancer de deux mois, par rapport à notre livre, cette rencontre, capitale pour AB.

Usant des permissions, AB et Vaché iront ensemble dans l’unique cinéma et fréquenteront les bouges du quai de la Fosse. Ils se reverront trois fois à Paris, en 1917 et une dernière fois en octobre 1918, avant le décès prématuré de celui qu’AB désignait comme son émancipateur.

Lorsqu’il publiera ses Lettres de guerre en 1919, AB reconnaîtra la forte influence qu’il exerça sur lui : « Il a déjoué en moi ce complot de forces obscures qui mène à se croire quelque chose d’aussi absurde qu’une vocation », confessera-t-il (OC I, 194).

Jacque Vaché sur son lit d’hôpital décembre 1915 .
https://xn--jacquesvach-lbb.fr/

« Avare de confidences sur sa vie passée » selon AB, Vaché était né à Lorient le 7 septembre 1895 d’un père militaire de carrière, assez dur avec lui, et d’une mère très sensible. Dès le lycée, à Nantes, il avait fait partie d’un groupe de jeunes anarchistes épris de littérature nouvelle, dénigrant le bourgeois, et se donnant des pseudonymes burlesques. Il avait composé des poèmes symbolistes, qu’il livrait à d’éphémères revues. AB notera son « Umour » sans h (hérité de Jarry), son détachement et son refus des valeurs établies. Relatant leurs aventures nantaises, il dira : « Nous fûmes ces gais terroristes, sentimentaux à peine plus qu’il était de raison, des garnements qui promettent » (OC I, 229).

Voir ses Lettres de guerre (1919) publication numérique : Lire les Lettres de guerre (xn—jacquesvach-lbb. Site officiel de Jacques Vaché.

1916

9 janvier 1916 : « Les poètes contemporains nous prêtent mystiquement compagnie » déclare AB à André Paris, lui expliquant comment il peut, grâce à eux, dominer le mouvement moutonnier de ses compagnons.

Il bénéficie d’une chambre pour lui seul à l’hôpital, qu’il décrit à Paul Valéry ce dimanche, lui nommant les peintres : Gauguin, Toulouse-Lautrec, Matisse, Van Dongen, dont il s’est procuré des reproductions.

9 janvier 1916 le poème « À vous seule », suscite ce diagnostic de Valéry : « Quand le Rimbaud, le Mallarmé, inconciliables, se tâtent dans un poète », c’est ce que les physiciens nomment « l’état critique »

Compose le poème « Décembre » (OC I, 10), où apparaît pour la première fois le thème épique ; le soumet simultanément (par correspondance) à Valéry, Apollinaire et à Francis Vielé-Griffin (1864-1937).

10 janvier 1916 : AB écrit au Dr Bonniot, médecin-major dans le même hôpital auxiliaire, demeurant à Nantes avec son épouse, Geneviève, la fille unique de Mallarmé. Il passera chez eux de délicieuses soirées, où il lui sera donné de lire le manuscrit d’Igitur, encore inconnu du public. Voir : (Lettres publiées par J.-L. Steinmetz, Mélusine XV, 1995, p. 253-265).

8 février 1916 : naissance de Dada au Cabaret Volaire, à Zurich (AB en aura connaissance par Apollinaire à qui Tristan Tzara écrivit en octobre 1916. La 1ère lettre de Tzara à Breton est datée du 6 janvier 1919).

14 février 1916 : Apollinaire lui écrit : « Je ne vous donne pas le détail de toutes mes lectures. Les anthologies des classes y jouent un grand rôle. »

19 février 1916 : AB achève le poème « Âge », dédié à Léon-Paul Fargue (1876-1947).

6 mars 1916 : AB s’interroge sur sa vocation poétique. Il en entretient ses correspondants.

« Je voudrais, délivré de l’obsession poétique, me persuader que le cinéma, les pages de quotidien ne recèlent pas ce qu’une mythologie me refuse à présent. » « Raffinement, banalité… Il importe de purger son esprit de ces catégories. Vous sentez le pourquoi » lui répond Valéry.

12 mars : « Il faut être naturel et ne pas avoir peur de fantômes ni des choses simples. […] Je crois que Rimbaud pressentit bien des choses modernes. Mais ni Valéry ni d’autres raffinés ne les ont senties » lui écrit Apollinaire.

22 mars : Vaché versé au 65 R.I. (Compagnie du Port de Nantes). Breton dit l’avoir vu « décharger le charbon de la Loire ».

J. Vaché interprète à Nantes (coll. part.)

19 avril : AB prend contact épistolaire avec Léon-Paul Fargue. « « L’heure que j’ai choisie pour lire Tancrède n’a su gâter mes joies. » lui écrit-il en lui adressant le poème « Âge » qui, faute de réponse, paraîtra sans dédicace.

24 avril : « Br. en rimbaldisme. Crises passionnelles successives dont l’objet varie, de force inégale. » (TF, Carnets, p. 25)

30 avril 1916 : AB à TF : « Annie me sait noble et décline expressivement le verbe tromper. Les euphorbes s’amusent dans l’îlot de l’innocence qui répugne à mentir ». Dans le parc de Procé, AB a été accosté par une jeune fille qui lui récite du Rimbaud : « ce qui m’a valu, un jour où je me promenais seul sous une pluie battante, de rencontrer une jeune fille, la première à m’adresser la parole, qui, sans préambule, comme nous faisions quelques pas, s’offrit à me réciter un des poèmes qu’elle préférait : Le dormeur du Val. » écrira-t-il dans Nadja (OC I, 676). Notons, au passage, que mentionner un soldat mort devant un militaire n’est pas du meilleur goût ! Ce qui n’empêcha pas ce dernier de l’embrasser à minuit, sous l’égide d’une statue de Vénus ou, plus exactement, de la Loire. Par jeu, T.F. accepte de se substituer à Breton dans cette relation sentimentale avec la jeune nantaise éprise de littérature, Annie Padiou. Ils se reverront à Paris et auront une liaison intermittente. « L’ami poursuivait Annie, Annie le poète, le poète son ombre. Aucun d’eux n’atteignit son but » écrira Georges Gabory, le secrétaire de Gaston Gallimard, en relatant ce marivaudage quelques années après (« Soirées perdues », NRF, oct. 1921, p. 416-417). Gabory reparaît dans un rêve d’AB, OC I, 49). Lire l’article de Patrice Allain « Nantes. Qui me hante ? », accompagné des fac-similé des lettres d’AB et d’Annie Mélusine n° XXXVII, p. 85-102.

10 mai : permission à Paris, 1ère visite à Apollinaire (blessé à la tête le 17 mars 1916, au Bois des Buttes), opéré à l’hôpital du Gouvernement italien, 41 quai d’Orsay : « La première fois qu’il devait m’apparaître physiquement, c’est sur son lit d’hôpital, le 10 mai 1916, soit le lendemain de sa trépanation, ainsi que me le rappelle la dédicace de mon exemplaire d’Alcools. A partir de là, je devais le revoir presque chaque jour jusqu’à sa mort. » (OC III, 437).

Apollinaire à l'hôpital italien après sa trépanation. Mars 1916.
Apollinaire après sa trépanation à l’hôpital italien 1916.

trépanation d’Apollinaire, hôpital italien apollinaire trépanation – Bing images

18 juin : lettre d’AB à André Paris au sujet d’Alice.

23 juin : « La belle, belle vie ! Qu’on vive, ô quelle délicate merveille ! », écrit AB à Fraenkel, pour qui Alice est une femme perverse et stupide (Carnets, p. 36).

7 juillet : AB écrit aux époux Bonniot, s’excuse de n’avoir pu passer la soirée chez eux, retenu à son poste par des tâches indignes. Il demande au docteur de le faire affecter à des activités médicales. Joint 2 poèmes : « A vous seule » (OC I, 43) et « Façon » (OC I, 5)

10 juillet : Fraenkel témoin privilégié de la crise rimbaldienne que Breton traverse à Nantes : Selon lui, Breton serait « Hanté de découvrir le sens moderne, il le cherche, parmi ceux qui vivent, parfois même en lui. ».

AB conviendra que l’envoûtement rimbaldien cessa brusquement lorsqu’il se trouva muté à l’hôpital psychiatrique de Saint-Dizier (Haute-Marne).

AB interne à Saint-Dizier.
André Breton au centre psychologique de la IIe armée de Saint-Dizier fin juillet- mi novembre 1916. Centre qui deviendra Hôpital André Breton.

Réservé devant le 7 art naissant, TF constate : « Le cinéma attire Br. Incapable de se justifier par l’affirmation d’une seule belle œuvre parmi tous les films qu’il ait vus, il admire le moyen moderne d’expression en soi. » Puis vient la sentence : « La décrépitude de Br. me navre ».

24 juillet 1916 : AB écrit à P. Valéry : « Je suis conquis par l’espoir du front vu aux lueurs des tirs de G. Apollinaire ou à la faveur du feu d’artifice de sa Nuit d’avril » en lui adressant ce distique à propos de la préfecture où il fait étape deux semaines : « Chaumont : ses bâches, – d’une Aulis / Ayant peu, – sèvrent nos lis. »
Voir l’expo-balade
Catalogue.

26 juillet : a demande, affecté au centre neuropsychiatrique de Saint-Dizier, dirigé par le Docteur Raoul Leroy (1868-1941), spécialiste des hallucinations, ancien assistant de Jean-Martin Charcot (1823-1893).

2 août 1916 : de Chaumont, où il est caserné avant de se rendre à Saint-Dizier, AB écrit aux Bonniot. Il a dû quitter Nantes précipitamment, sans leur dire adieu. Ému des soirées passées à entendre parler de Mallarmé au quotidien, rappelle les relations communes avec Valéry ; Pierre Louys et Apollinaire. Les informe de son affectation à l’hôpital neuropsychiatrique de Saint-Dizier. Joint le poème « Coqs de bruyère » (OC I, 9), composé le dimanche précédent.

3 août : R. Leroy accueille AB avec bienveillance. Il lui confie une tâche d’assistant, et lui accorde un entretien quotidien, très familier. AB le décrit ainsi à T F : « C’est une figure étrange, avec ses cheveux bleus en vieille brosse, ses yeux d’azur clair, sa tête en cube, ses creux sillons nasolabiaux, sa vareuse défraîchi. Il est doux, superbement lucide, blasphème avec élégance et lit La Croix. »

AB est chargé d’interroger les soldats commotionnés, évacués du front, mais aussi ceux qui sont passibles du conseil de guerre. Sa tâche consiste à rédiger une observation, en posant des questions très simples et répétitives.

Leroy lui révèle les pratiques discutables de Charcot, voire sa naïveté : « Charcot ? La perversité des hystériques ? Bast, toutes les femmes ne sont-elles pas putains ? Et Luys ?… Clarisse, Rachel, très bien connues : elles se foutaient de lui. Moi je les ai…’’ Non »

Début août, AB à André Paris : « Je laisse fermenter en mon esprit des penchants contradictoires et je me désintéresse passablement du match », écrit-il à André Paris, prévoyant un arbitrage par les faits ».

Début août, à TF : « Une crise intellectuelle très douloureuse brise mes forces. Elle est connue sous le nom de psychopathophobie ! Je me suis consacré un peu trop exclusivement ces derniers jours à l’examen des malades. C’est rouvrant les Illuminations que j’ai pris peur. Ne trouvant plus sacré le désordre de l’esprit, je m’agitais sur l’aboutissement de la méthode littéraire : faire venir sur quelque sujet de multiples idées, choisir entre cent images. L’originalité poétique y réside. “Ma santé fut menacée. La terreur venait”, dit Rimbaud. Je viens de connaître le même ébranlement sous le coup de ces nouveautés. Des phrases comme : ‘’Ma jeunesse, – M. Le Major – je viens d’absorber du lait qui, j’espère, vous la fera paraître blanche’ ou : “depuis vingt-trois mois, je prostitue ma peau au canon de l’ennemi “, ne voilà-t-il pas des images étonnantes, à des échelons plus haut que celles qui nous viendraient ? Cependant je ne puis trouver pour cela d’admiration. L’anormalité des crânes, les fameux prognathismes de ces gens s’y opposent. Je me borne à leur jalouser quelques fonctions intellectuelles, parfois. Souvent aussi, je me vante nos différences et à l’encontre de mon dessein poétique je tends encore à m’éloigner d’eux. Comprends-tu, je crains que cette dernière réaction exécute en moi la poésie… Pardon si déjà je ne sais plus parler ».

Le sujet d’études me passionne. Enfin : je pourrai rire des psychologues amateurs, en sachant bien plus qu’eux ! »

7 août : AB à Valéry : « Mon service entier revient à un interrogatoire continu avec qui la France est-elle en guerre et à quoi rêvez-vous la nuit ? »

19 août : « Br. dans son hôpital de fous s’émeut et s’épouvante de voir des aliénés plus grands poètes que lui ». Fraenkel, Carnets.

30 août : TF s’interroge : « Br. évolue vers le plus terrible drame : abandon de sa jeunesse, abjuration de l’art. Pourquoi ? » Carnets.

31 août : résumant ses nouvelles lectures scientifiques AB à TF : « Démence précoce, paranoïa, états crépusculaires. / O poésie allemande, Freud et Kraepelin ! »

Il lit le manuel de E. Régis et A. Hesnard, La Psychoanalyse des névroses et des psychoses (1914), qui le fait s’enthousiasmer pour la théorie freudienne, pages rédigées par le seul Henard à qui il adressera cet envoi sr Nadja : « Au Dr Hesnard qui, presque seul en France, promène une lampe non éteinte dans les châteaux en ruine de l’esprit, respectueux hommages ». Il recopie des pages entières pour Fraenkel, qu’il tente de convertir à cette méthode de traitement. Il en parlera aussi à Valéry et Apollinaire (15 août 1916), leur suggérant de s’y intéresser pour leur propre activité poétique.

25 septembre : AB précise à TF les ouvrages de psychiatrie qu’il pratique, et qui lui font conjurer l’amour e la poésie : E. Régis, Précis de psychiatrie ; Gilbert Ballet, Traité de pathologie mentale, Leçons de clinique médicale sur les psychoses et les affections nerveuses ; Maurice de Fleury, Introduction à la médecine de l’esprit ; Magnan, Leçons cliniques sur les maladies mentales ; Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux ; Constanza Pascal, La Démence précoce…

Simultanément, il s’initie à la neurologie, à laquelle le Dr Babinski consacre une part spécifique, à l’écart de la psychiatrie. Il prend goût à ses études, au point de penser à devenir psychiatre dans un asile !

10 octobre : AB écrit à Annie Padiou : « Les années du voyage, je compte, Annie, te retrouver souvent. Je ferai attention à ne point m’attendrir, tu sauras ne jamais me détourner du but. J’arriverai ! (…) En route ! » (copie pour servir d’observation à TF)

11 octobre : AB écrit à TF : « Je m’occupe un peu d’hystérie, je me procurerai de nouveaux bouquins ». « J’attends de te revoir en un cadre quelconque, aussi bien Paris, tout en craignant pour ma volonté. Dame, elle ne se raffermit pas, subit maint contre-coup ! Ce sont encore ces lettres déchirées et récrites, ce flottement, l’autre phobie du temps perdu, la dépréciation du rendement. Qu’on me donne un psychiatre viennois : je paierai. Moi qui dis tout de suite de ce monsieur, cultivateur ou grand-duc : un débile, un dégénérescent, je suis impuissant à traiter mon psychique propre. Sédol, bromure, douches froides ? »

11 octobre : Vaché interroge : « Vos illuminés ont-ils le droit d’écrire ? – je correspondrais bien avec un persécuté ou un “catatonique” ». (Lettres de guerre)

27 octobre : AB compose le poème « Soldat » : « Je m’éclaire aux lampres d’Aladin » OC I, 44). Il écrit à TF : « J’éprouve un malaise physique incaractérisable, nullement localisable. Mentalement c’est trop de complaisance à la pluie, au froid, une souffrance comme de facultés rétractées. […] Je répondais par monosyllabes à Leroy, toute la visite ».

29 octobre : au cours d’une permission, TF est allé voir AB dans son hôpital : « La transformation d’A.B. est effrayante. Il me contraignit toute la soirée à l’écouter sur la démence précoce, et m’intéressa, moi passif ! comme toujours… » (Carnets, p. 61)

8 novembre : « Je suis peut-être à la veille d’éprouver une admiration bizarre et, comme d’ordinaire, bruyante pour le docteur Babinski. J’examine avec complaisance les progrès de ma volonté : je fais occuper par un ami la place d’externe vacante à la clinique neurologique de la Pitié. Je saurai ainsi ce qui me plaira ».

12 au 19 novembre : permission à Paris. AB revoit Valéry. Apollinaire lui reprochera de ne pas lui avoir rendu visite.

À son retour, directement envoyé au front, dans un groupe de brancardiers divisionnaires, en dépit des protestations du Dr Leroy.

AB ému par un soldat d’une bravoure démente, qu’il a fallu ramener de force de la ligne de feu où il prétendait commander aux obus. Il compose « Sujet » (OC I, 24) qui paraîtra dans Nord-Sud, n° 14, avril 1918.

18 novembre : AB à RF, à propos de La Jeune Parque dont Valéry lui a soumit le manuscrit : « Il y a donc abdication. Monsieur Teste fut un fantoche […] musique autour d’un tombeau, camaïeu gris ». (OC I, 1 434)

Conclusion, en 1952, sur son affectation à Saint-Dizier : « Le séjour que j’ai fait en ce lieu et l’attention soutenue que j’ai portée à ce qui s’y passait ont compté grandement dans ma vie et ont eu sans doute une influence décisive sur le déroulement de ma pensée. C’est là (…) que j’ai pu expérimenter sur les malades les procédés d’investigation de la psychanalyse, en particulier l’enregistrement (…) des rêves et des associations d’idées incontrôlées. On peut déjà observer en passant que ces rêves, ces catégories d’associations constitueront, au départ, presque tout le matériel surréaliste. » (Entretiens, OC III, 442)

Fin novembre : « profit et déficit, j’ai quitté Saint-Dizier pour une formation sanitaire de l’avant. J’emporte Rimbaud dans mon sac, un livre en cas de recours sur la Démence précoce et j’attends l’Ecce Homo de Nietzsche. Je suis très malheureux, l’absence de TF au groupe m’eut fait agonisant. Figure-toi : je rentrais de Paris, méditant sur un entretien rue de Villejust et me souvenant du charme de vers inattendus. Cela peut paraître et tu seras surpris. Je te recommande Le Poète assassiné […] Merveilleux de couleur et de sens moderne. Inquiétudes mentales persistantes, inhibition prolongée de la faculté créatrice. » (Lettre AB à René Hilsum, Catalogue de la vente Drouot-Richelieu, 17 mars 1994).

18 décembre : participe comme brancardier à l’offensive de la Meuse.

19 décembre 1916 : fin de la bataille de Verdun (depuis le 21 février 1916).

20 décembre : AB envoie le poème « Soldat » à Apollinaire.

30 décembre : AB à Valéry : durant dix jours, il campe dans une cave parmi les ruines, faisant le tri des blessés à la lumière d’une lampe à acétylène. Les fusées éclairantes détachent, un instant, la silhouette des troncs d’arbre fracassés, et c’est à nouveau la nuit. (OC I, 1116). Voir « Je m’éclaire aux lampes d’Aladin… » (OC I, 44). Pour Valéry il commente : « Je ne sais pas combien les impressions ressenties là peuvent être estimées. Il me semble à présent avoir éprouvé quelques heures de vertige assez agréable. Ainsi par exemple advient‑il de ce beau minuit où j’ai traîné jusqu’à la péniche d’évacuation, sous le bombardement, à plusieurs kilomètres, « la chignole » porte-brancard – dans l’argot de mes compagnons. Je compare cela à la volupté de nager, de galoper. La muse d’Apollinaire un certain temps me soutenait. »

30 décembre 1916 : lettre aux Bonniot. AB relate ses épreuves comme brancardier lors de l’offensive de Verdun, à 500 m des lignes ; évoque les soirées passées à Nantes, critique son style poétique. Vœux. Prochaine permission, espère relire « Un coup de dés ». Joint : « Décembre » remanié.

André Breton et Théodore Fraenkel à l'hôpital de Nantes, 1916.
André Breton et Théodore Fraenkel à l’hôpital de Nantes, 1916.

1917

8 janvier : après sa permission, AB est affecté à la 22ᵉ section d’infirmiers militaires à Paris, afin de suivre des cours au Val‑de‑Grâce pour devenir médecin-auxiliaire. Tous les après-midi, de 14 à 18 heures, il se morfond « dans les cours les plus intérieures » écrit-il à Valéry.

Fin février, AB est attaché comme externe au Centre neurologique de la Pitié, dans le service du Professeur Babinski. AB l’assiste et il admire la fièvre du chercheur. Ce dernier lui dédicace son Hystérie-Pithiatisme et troubles nerveux d’ordre réflexe en lui prédisant un grand avenir médical.
Rencontre régulièrement Apollinaire, Valéry, Royère.

20 février au 30 août 1917 : officiellement alité dans le service du Pr Aron à la Salpétrière pour une crise d’appendicite.

15 mars 1917 : Reverdy crée la revue Nord-Sud.

23 mars : « André Derain » (OC I, 11) son unique poème de l’année.

24 mars 1917 : Apollinaire lui demande d’écrire à son sujet : « Je ne connais personne qui puisse aussi bien parler de ce que j’ai fait que vous. »

1ᵉʳ avril : début d’une correspondance avec Pierre Reverdy : « Votre poème « André Derain » passera dans Nord-Sud après avril, le numéro de ce mois étant prêt… » De fait, le poème sortira dans le n° 12, février 1918. (voir 32 lettres inédites à AB publication numérique).

4 avril : AB chez Apollinaire « par un temps impossible et, pour une première sortie, rester plus d’une heure à genoux en train d’exhumer de merveilleuses gravures, me redonne la fièvre » confie-t-il à André Paris le lendemain.

26 avril : subit une intervention chirurgicale à la Pitié.
//www.erudit.org/en/journals/etudlitt/1900-v1-n1-etudlitt2184/500114ar.pdf

29 avril : Vaché propose à Breton deux définitions de l’« Umour » : « Il est dans l’essence des symboles d’être symboliques » et « Je crois que c’est une sensation – J’allais presque dire un SENS – aussi – de l’inutilité théâtrale (et sans joie) de tout. »

3 mai : AB à André Paris : « Rien de menaçant, que mélancolie de blanche station, et du malade égoïste : je suis bien incapable d’écrire, vous en jugez… »

5 mai : TF retour de sa mission en Russie.

18 mai 1917 : Parade de Cocteau, créé au Châtelet, dans sa préface, Apollinaire crée le mot « sur-réaliste »

13 mai : AB à A. Paris : « L’admirable poème de Paul Valéry La Jeune Parque, vient seulement de paraître. Vous l’aimerez, je crois, infiniment. »

19 mai : AB à Valéry : « Que j’ai aimé votre Jeune Parque ! Je ne me lasse point de la relire et c’est un enchantement sans fin, auquel je suis voué pour bien des ans. Cette poésie a les traits miraculeux de l’éternel ».

26 mai : TF va le voir à Moret, lui apporte L’Éducation sentimentale dont la lecture le met de mauvaise humeur.

Juin 1917 : TF part en mission en Russie.

Café de Flore vers 1900.

19 juin : au Café de Flore, Apollinaire lui présente Philippe Soupault : « Il faut que vous deveniez amis ». Celui-ci lui apparaît « comme sa poésie, extrêmement fin, un rien distant, aimable et aéré ». Son recueil de poèmes, Aquarium, paraîtra le mois suivant. Depuis février, il est à l’hôpital auxiliaire 47, au 121 boulevard Raspail une bronchite récurrente ; ce qui ne l’empêche pas de courir les rues, tout comme Apollinaire qui reçoit ses amis au Flore tous les mardis de 15h à 17h !

24 juin 1917 : création des Mamelles de Tiresias, « drame sur-réaliste » de Guillaume Apollinaire, mis en scène par Pierre Albert-Birot au Conservatoire Renée Maubel, rue de l’Orient (à Montmartre). Le spectacle commence avec un retard considérable, et le public est prêt à exploser. AB est dans la salle, avec son « légendaire ami » Jacques Vaché. Il forge sa légende, assurant qu’il était en tenue militaire, prêt à tirer à balle sur le public. Il soupçonnait Apollinaire, dont il n’appréciait pas la poésie, de « faire de l’art trop sciemment, de rafistoler du romantisme avec du fil téléphonique, et de ne pas savoir les dynamos » (Jacques Vaché, lettre à AB, 18 août 1917). Réjoui de la pièce, AB estime qu’elle n’annonçait pas une révolution théâtrale.

« Mon légendaire ami Jacques Vaché voulait tirer à balles sur le public » (Aragon, « Le 24 juin 1917 », SIC, n° 27, mars 1918).

26 juin 1917 : « Rencontre à Paris de Jacques Vaché, que nous avions aimé à Nantes ; l’ironiste, l’humouriste, le mystificateur féroce, menteur aristocrate et dédaigneux » note Fraenkel dans ses Carnets, p. 83.

Juillet 1917 Tzara crée la revue Dada à Zurich.

11 juillet : Reverdy lui écrit : « J’avais justement l’intention de faire paraître dans le prochain Nord-Sud votre poème « L’an suave ». Mais pour établir librement et en temps voulu ma mise en pages, il faut que je puisse sans restrictions disposer des manuscrits qui me sont confiés. » Ce poème paraîtra dans le n° 6-7 en sept. 1917.

22 juillet : Musidora (1889-1957), l’inoubliable interprète des Vampires de L. Feuillade, se produit à Bobino. Spectateur actif, AB lui lance un bouquet de roses et lui écrit « « Quel poète ne s’honorerait aujourd’hui de vous avoir pour interprète » (OC I, 1 745).

Affiche de 1915.

5 août : envoi « À André Breton / en souvenir de sa visite le / lendemain de ma trépanation / le 10 mai 1916 / Guillaume Apollinaire / le 5 août 1917 » sur un exemplaire d’Alcools, poèmes 1898-1913, Paris, Mercure de France, 1913, coll. Part. (voir Potlatch André Breton)

18 août : Vaché reproche à Apollinaire de « faire de l’art trop sciemment, de rafistoler du romantisme avec du fil téléphonique, et de ne pas savoir les dynamos ».

1ᵉʳ septembre : AB quitte à regret la Pitié. Affecté au Val-de-Grâce pour y suivre les cours préparant l’examen donnant accès aux fonctions de médecin-auxiliaire.

6 septembre 1917 : premier emploi du mot « surréalisme » : « Je puis dire que j’ai collaboré à la préface des Mamelles. L’homme, en voulant reproduire le mouvement, crée la roue pleine, sans rapport avec l’appareil des pattes qu’il a vu courir. L’appareil moteur de la locomotive retrouve ce jeu d’articulation dont la pensée de l’inventeur est partie. Le surréalisme comporte cette invention et ce perfectionnement. » (AB à TF).

6 septembre 1917 : tandis qu’Apollinaire le reçoit dans son pigeonnier du Bd Saint-Germain, AB confie à A. Paris qu’il préfère se promener le long des quais, chez les bouquinistes, à la recherche de Fantômas ou d’un Naz‑en‑l’air.

19 septembre : AB informe TF qu’il a reçu d’Annie Padiou « une lettre inattendue, équivoque et fâcheuse. »


Le médecin militaire Aragon et Théodore Fraenkel, photographie initialement publiée dans les Cahiers Dada n°1, 1965.

Septembre : 7 rue de l’Odéon à Paris, AB découvre la Maison des amis du Livre d’Adrienne Monnier : « Nous eûmes tout de suite de grandes conversations. Je crois bien que nous ne fûmes jamais d’accord. Même sur les sujets où nous aurions pu nous entendre : Novalis, Rimbaud, l’occultisme… il avait des vues exclusives qui me dépaysaient tout à fait. Il était beaucoup plus “avancé” que moi. Je lui paraissais certainement réactionnaire. […] Il était si fasciné par Mallarmé qu’il écrivait ses lettres en adoptant le ton courtois et précieux du maître, qui était très vieille-France. » (A. Monnier, Rue de l’Odéon, Albin Michel, 1960, p. 96).

Fin septembre 1917 : rencontre d’Aragon au Val-de-Grâce. Leur coup de foudre a été conté par Aragon dans l’article « Lautréamont et nous » des Lettres Françaises, n° 1185, 1ᵉʳ juin 1967, p. 5-9, et n° 1186, 8-14 juin 1967, p. 3-9, repris en volume aux éditions Sables, 2003. (L’hebdomadaire n’est pas numérisé par Gallica-BnF au-delà des années 50).

De fait, AB et Aragon se sont entrevus à la librairie d’Adrienne Monnier.

AB le décrit à TF : « Mais vraiment un poète, avec des yeux levés très haut, sans rien dans le geste de contenu, et si mal adapté ! Tout à fait jeune, avec une joie peut-être un peu moins terrible que la nôtre. » (in M. Bonnet, p. 120-121). Aragon n’a que dix-huit mois de moins qu’AB, mais il se considère aussitôt comme son « instrument » (jusqu’à son émancipation brutale en 1932). Ils occupent la même chambrée, qu’ils décorent de reproductions de Picasso, Braque, Matisse, Chagall et Cézanne, partagent les tours de garde et prennent le café ensemble puis ils parcourent le Boul’Mich’ en évoquant leurs auteurs préférés. Si le précoe Aragon a tout lu, c’est tout de même Breton qui est le plus avancé en matière de ploésie, puisqu’il fréquente Valéry et Apollinaire.

Octobre 1917 : Aragon et Breton achètent à A. Monnier le stock du numéro de Vers et Prose (1ᵉʳ trim.1914) contenant le premier Chant de Maldoror.

19 octobre 1917 : en remontant au front, Vaché passe par Paris où il rencontre Breton. Attablés au café, ils tentent de mettre au point une conférence de Vaché sur l’umour (sans h) : « Je crois que c’est une sensation – j’allais presque dire un sens aussi – de l’inutilité théâtrale (et sans joie) de tout. QUAND ON SAIT. » (lettre du 29 avril 1917). Cependant, Vaché n’est pas d’humeur à discuter, ce jour-là, et il s’en va seul le long du canal de l’Ourcq.

25 octobre : Révolution d’octobre en Russie.

26 novembre 1917 au Théâtre du Vieux-Colombier : conférence d’Apollinaire : « L’esprit nouveau et les poètes », AB a fait le choix des lectures. Cf. Henri Béhar, « La jambe et la roue », Que Vlo-ve ?, 31 A., n° 21, p. L’organisateur de la conférence, le comédien Pierre Bertin (1891-1984), qu’AB à rencontré au Val-de-Grâce où il est élève en médecine, lui propose d’intervenir sur la poésie nouvelle.

1918

André Breton, photo d’identité en 1918. © www.andrebreton.fr

2 janvier : AB à Valéry : « Vous me feriez convenir de mille choses à mon détriment. Je ne me retrouve qu’après vous avoir quitté. C’est vous reconnaître sur moi un grand pouvoir. Je saisis quelques uns des moyens de votre action. Mais la plupart sont mystérieux et infaillibles. (L’occulte me ravit et m’effraie). »

4 janvier 1918 : du Val-de-Grace, AB au Dr Bonniot. Compte sur lui pour le rapprocher de Valéry, n’écrit pas de poèmes mais plusieurs articles critiques. Annonce sa causerie sur Jarry au théâtre du Vieux-Colombier (OC I, 216-226), dit son attachement à Barrès.

6 janvier : 1ᵉʳ envoi lettre Tzara à AB par l’intermédiaire de P. Reverdy, Nord-Sud

10 janvier : lettre de P. Reverdy : « … Je trouve que vous avez un métier sans défaut et qu’on ne saurait guère trouver à redire à vos poèmes quand on les envisage sans aucun parti pris de tendances. Mais mes efforts, mes recherches ne sont pas dans le même sens que les vôtres et ce disant je ne vous apprends rien. C’est pourquoi vous ne figurez pas tous les mois au sommaire de Nord-Sud. Pourtant je n’ai pas cessé de vous considérer comme collaborateur de ma revue et vous le prouverai… »

22 janvier : en vue d’une conférence prévue au Vieux-Colombier en février ou mars, AB enquête sur Jarry auprès de Valéry, L.-P. Fargue n’a pas répondu, AB devra consulter Rachilde, l’épouse du directeur du Mercure de France, la seule amie et protectrice de Jarry. Conférence annulée en raison des tirs de la Grosse Berta sur le nord de Paris, elle paraîtra dans Les Écrits nouveaux, n° 13, janvier 1919.

4 janvier 1918 : du Val-de-Grace, AB au Dr Bonniot. Compte sur lui pour le rapprocher de Valéry, n’écrit pas de poèmes mais plusieurs articles critiques. Annonce sa causerie sur Jarry au théâtre du Vieux-Colombier (OC I, 216-226), dit son attachement à Barrès.

6 janvier : 1ᵉʳ envoi lettre Tzara à AB par l’intermédiaire de P. Reverdy, Nord-Sud

10 janvier : lettre de P. Reverdy : « … Je trouve que vous avez un métier sans défaut et qu’on ne saurait guère trouver à redire à vos poèmes quand on les envisage sans aucun parti pris de tendances. Mais mes efforts, mes recherches ne sont pas dans le même sens que les vôtres et ce disant je ne vous apprends rien. C’est pourquoi vous ne figurez pas tous les mois au sommaire de Nord-Sud. Pourtant je n’ai pas cessé de vous considérer comme collaborateur de ma revue et vous le prouverai… »

22 janvier : en vue d’une conférence prévue au Vieux-Colombier en février ou mars, AB enquête sur Jarry auprès de Valéry, L.-P. Fargue n’a pas répondu, AB devra consulter Rachilde, l’épouse du directeur du Mercure de France, la seule amie et protectrice de Jarry. Conférence annulée en raison des tirs de la Grosse Berta sur le nord de Paris, elle paraîtra dans Les Écrits nouveaux, n° 13, janvier 1919.

Rachilde par Félix Vallotton dans Le Livre des masques de Rémy de Gourmont , 1898

Mars : Nord-Sud n° 13, définition de l’image par Reverdy : « « L’image est une création pure de l’Esprit Elle ne peut naître d’une comparaison mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées. Plus les rapports des deux réalités rapprochées seront lointains et justes, plus l’image sera forte – plus elle aura de puissance émotive et de réalité poétique. » AB la discute. Il la reproduira en la modifiant.

Mars – avril : AB rend régulièrement visite à Apollinaire, au 202 Bd Saint-Germain, « entre les rayons de livres, les rangées de fétiches africains, des tableaux : Picasso, Chirico, Larionov… ». Il y découvre les deux premiers numéros de la revue Dada.

En mars, les 3 amis rendent visite à P. Reverdy le dimanche : « « Vous êtes tous trois, avec Aragon et Soupault, des amis que je suis fier et heureux d’avoir gagnés. Votre jeunesse, votre sincère pureté me donnent une satisfaction que l’on a bien rarement en art… » Reverdy à AB, 30 mai 1918.

Mars-avril 1918 : selon Aragon, au dernier étage du Val-de-Grâce, où sont enfermés les malades mentaux, le « 4e Fiévreux », Aragon et Breton se portent volontaires pour l’assistance médicale. Ils lisent à haute voix le 5 chant de Maldoror, dans l’exemplaire acheté par Soupault dans une librairie du Bd Raspail.

8 avril 1918 : Reverdy regrette d’avoir manqué les 3 amis (AB, Aragon, Soupault) venus le voir chez lui. Il lui écrit à propos de « Sujet » composé à Saint-Dizier : « Je crois que l’orientation qui se dessine dans votre dernier poème serait heureuse et donnerait de bons fruits. Votre talent trouvera mieux par là sa libre discipline. »

15 avril 1918 : achevé d’imprimer Apollinaire, Calligrammes, Mercure de France.

23 avril-1ᵉʳ mai : AB hospitalisé à Saint-Denis, hôpital auxiliaire n° 3.

Fin avril : échec somation médecin-auxiliaire.

7 mai : AB envoie « Sujet » à Valéry qui commente ainsi : « Savez-vous que cette espèce de prose m’a fort intéressé ? Quelques procédés rimbaldiques, peut-être certaines longueurs alourdissent ou désaxent ce monologue du poilu mental. Essayez de ne plus trop penser au grand Arthur. Il suffit d’y avoir pensé. Mais au travail il ne faut penser qu’à son affaire. Enlevez ce qui concerne les torpilles. Ce morceau vaut d’être repris. C’est un homme qui parle tout seul, à demi-voix, et tient des propos ni pour quelqu’un ni pour soi-même… À quand ce prosateur ? »

16 mai : AB affecté comme infirmier dans un régiment d’artillerie.

18 mai : rayé du registre des inscriptions en médecine à Paris (motif : inscrit à Nantes).

Les parents d’AB quittent Pantin pour résider à Lorient.

L’été à Moret
21 mai au 21 septembre 1918 : AB affecté comme infirmier auprès d’un régiment d’artillerie lourde à Moret‑sur‑Loing (Seine et Marne). Y passe un été « normal » écrit-il à Valéry le 19 juillet. Intrigué par le recueil de Jean Paulhan sur les Hain‑teny Merinas, poèmes-devinettes de tradition populaire malgache. Entreprend une correspondance avec l’auteur.

Juin 1918 : Tristan Tzara : Vingt-cinq Poèmes, Zurich. Recueil signalé par P. Albert-Birot en sept. à Aragon qui en informe AB

6 juin : AB informe Aragon : « Il semble qu’on va me rappeler à Nantes en juillet. »

9 juin : Aragon emprunte à Soupault Les Chants de Maldoror pour AB cantonné en qualité d’infirmier à Moret/Loing auprès d’un (confirmé par une lettre de Reverdy du 16 juin).

10-14 juin : Aragon lui écrit de Paris : « Je vais t’envoyer Poe, Soupault t’envoie Maldoror et à TF Paludes. (Lettres à Breton, Gallimard, p. 108)

12 juillet : AB communique à Aragon la trame de son article sur le lyrisme (promis à Reverdy au début de l’été, qu’il n’achèvera jamais) : « Tous les moyens d’expression lui sont bons. Confusions : de plan, de temps, de ton […] Mille autres péchés adorables contre la langue, (tu passes à une autre) la syntaxe (d’abord l’ellipse première celle du verbe) […] le mot faible ou usé en désespoir de cause, Beau comme Lautréamont, fautes d’orthographe comme dans les lettres d’amour, rimes soudain pauvres si tu te sers couramment des rimes, les indéfinis, près du ruisseau où tout se tient. Toutes les autres façons de donner sa langue au chat. Finalement les blancs comme la vie de Rimbaud après 1875 » (Fonds Aragon CNRS)

17 juillet 1918 : s’inscrit à la faculté de médecine de Nantes (cf. Le Rêve d’une ville. Nantes et le surréalisme. Musée des beaux-Arts de Nantes, 1994, p. 215-229).

20 juillet 1918 : AB à Aragon qui est sur le front : « Attention tout de même au canon ».

25 juillet : Valéry, qui a reçu ses 3 poèmes de l’année, exige un sonnet : « C’est à prendre ou à laisser ». Réponse d’AB : « je laisse ».

26 juillet 1918 : AB à Jean Paulhan : «« Vous trouveriez sans doute impertinent que je vous dise : Vous êtes précisément l’ami que j’attendais à cette époque de ma vie. J’ai vingt-deux ans. Il me semble, après cet aveu, que vous allez changer avec moi. » (Correspondance AB-Paulhan, Gallimard, 2022)

29 juillet 1918 : Lettre à TF : projet (non abouti) d’un livre sur des peintres contemporains, avec Aragon et Soupault. « Soupault, Aragon et moi nous allons entreprendre en collaboration un livre sur des peintres. J’ai proposé et fait adopter cette liste : Henri Rousseau, Henri Matisse, Picasso, André Derain, Marie Laurencin, Georges Braque, Juan Gris, Georges de Chirico. » (O.C I, 1083) Il pense aussi écrire un roman, en alternant les chapitres avec Aragon.

Photo de Guillaume Apollinaire blessé à la tête, 1916, avec dédicace à AB.
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5 août 1918 : dédicace : « à André Breto(n) Guillaume Ap(ollinaire) août 1916 ». (Atelier AB)

Envoi d’Apollinaire : « A mon ami André Breton / très cordialement, / Guillaume Apollinaire. » Les Mamelles de Tirésias, drame surréaliste en deux actes et un prologue, avec la musique de Germaine Albert-Birot et sept dessins hors-texte de Serge Férat, ÉO, Paris, Éditions SIC, 1918, In-8°, 108 p.

Apollinaire lui écrit en août : « Quoi ! Le poète n’aurait ni le droit de se récréer, ni celui de se délasser, quand au contraire je crois que les travaux et les jours du poète ne doivent être que récréations et délassements. La souffrance, la passion n’y ont pas moins de part »

De même, il signe les épreuves dernières de : Calligrammes. Poèmes de la paix et de la guerre (1913-1916), Paris, Mercure de France, 1918 : « À André Breton/ cette dernière épreuve / de Calligrammes / très amicalement / Guillaume Apollinaire »

juillet‑août 1918 : dans sa correspondance avec Aragon et Soupault, AB recopie les passages des Chants de Maldoror qu’il préfère.

Début août : permission, pour Lorient où vont désormais ses parents.

Pratique l’écriture automatique : Usine (Champs magnétiques) ???

14 août : AB écrit à Aragon : t‑il arrivé ? ». Celui-ci a été enseveli par des obus trois fois la même journée, le 5 août, à Couvrelles.

12 septembre : définit ce qu’il entend par « lyrisme » : « Les invariables : locutions toutes faites, lieux communs, papiers peints ou faux bois. Et le lyrisme en peinture ce sera le Journal collé dans le Portrait de Chevalier X, la nacre de l’enseigne Café Bar chez Braque ». (Fonds Aragon, CNRS). Sa lettre se termine par un tableau, « Ceux que j’aime encore » : « Rimbaud, Derain, Lautréamont, Reverdy, Braque, Aragon, Picasso, Vaché, Matisse, Jarry, Marie Laurencin. »

16 août : le projet d’ouvrage sur l’esprit moderne est restreint à Rimbaud, Lautréamont, Jarry, Cézanne, Henri Rousseau, Matisse, Derain, Picasso. Provisoirement écartés : Apollinaire, Marie Laurencin, Reverdy, Braque, De Chirico.

20 août-1ᵉʳ septembre : permission pour la Bretagne : Carnac, Lorient, Nantes. « Une assez jolie résurrection du passé » (à TF).

2 octobre : AB a revu Annie Padiou. A TF : « Elle part en Nouvelle-Zélande à la fin du mois. Vous savez qu’elle se marie. Je fais peut-être une gaffe. A un Américain, un simple soldat. Il n’est pas joli, joli, vingt-huit ans, il porte des lunettes. Sa photo est sur la cheminée, venez voir. : Mais non elle a pris le chéri avec elle. Partir si loin, une enfant, vous savez, par certains côtés. Elle pleure ces temps-ci quelquefois, elle est bien décidée. Là-bas, il serait avocat, pourtant il n’a pas l’air bien riche. Il ne lui a encore rien offert. » De fait, Annie s’est effectivement mariée à Wellington. (cf. fac-simile, Mélusine, n° XXXVII, 2017, p. 105)

15 octobre 1918 : article de AB sur Apollinaire dans L’Éventail, n° 10, Genève : « « Si l’enchanteur m’avait dévoilé tous ses secrets, je l’eusse enfermé déjà dans un cercle magique et fait entrer au tombeau » ? (OC I, 215)

À la demande d’Apollinaire, se rend chez Vlaminck pour juger des décors qu’il peint pour Couleur du temps. Texte : Couleur du temps – Wikisource

Octobre 1918 : AB fait la connaissance de Modigliani sur un banc du Bd du Montparnasse. Lui achète un dessin qui, dit-il à Aragon, lui plait de plus en plus.

1ᵉʳ novembre : rend visite à Picasso (cf. deux lettres à Aragon, datées du 1ᵉʳ novembre 1918).

8 novembre : AB écrit à Aragon qu’il va voir Apollinaire malade.

9 novembre 1918 Mort d’Apollinaire.

10 novembre : « Apollinaire est au plus mal… Mais Guillaume / Apollinaire / vient de mourir ».

13 novembre : enterrement d’Apollinaire au Père Lachaise. AB porte un bouquet de fleurs blanches : Jacqueline Apollinaire lui remet un objet du défunt, ce « terrible encrier en bronze doré, effigie et souvenir de la Basilique du Sacré-Cœur », vers lequel il avait vu souvent aller et venir son porte-plume en forme de rame ». (désormais conservé à la BLJD).

Huit plumes et porte-plumes d’Apollinaire.
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14 novembre : Vaché : « je sortirai de la guerre doucement gâteux, peut-être bien, à la manière de ces splendides idiots de village ».

19 décembre 1918 J. Vaché à AB : « J’ai reçu votre lettre en multiples découpures collées, qui m’a empli de contentement – C’est très beau, mais il y manque q[uel]qu’extrait d’indicateur de chemin de fer. »

Dada, n°3. Dada archive Iowa

Décembre 1918 : Tristan Tzara, « Manifeste Dada 1918 », Dada, n° 3, Zurich. Voir : http://sdrc.lib.uiowa.edu/dada/dada/3/cover.htm

André Breton chronologie numérique

1915 – 1918 AB mobilisé

19 février 1896

Naissance d’André Breton à Tinchebray (Orne) le 19 février à 10h du soir (pas encore 22h 30 comme AB l’écrit sur une carte postale adressée à Paul Eluard de Tinchebray, le 5 août 1931 (Correspondance AB-Eluard, Gallimard, 2019, p. 231)).

Pour des raisons sentimentales et personnelles ainsi qu’astrologiques (cf.Magie quotidienne, III, 930), AB datera sa naissance du 18 février.

Je dis bien 19 février 1896: l’acte d’état-civil est absolument clair et incontestable, confirmé par acte de baptême, le livret militaire, l’inscription universitaire à Nantes et le poème Âge (I, 8). Le sujet lui-même a choisi de se dire né le 18 février, le mardi gras, pour une raison sentimentale qu’on verra plus loin, et des raisons astrologiques immatérielles (cf. Magie quotidienne, III, 930).

29 février 1896

Il est baptisé 10 jours plus tard à l’église paroissiale. Ses grands-parents maternels sont le parrain et la marraine. [ acte de baptême photocopie.]

André Breton bébé (coll. Sylvie Sator)

AB s’initiera à l’astrologie et se montrera très actif dans ce domaine. Ci-dessous son thème astral avec sa signature autographe.

Voir le thème dressé par les machines actuelles : https://www.astrotheme.fr/astrologie/Andr%C3 %A9_Breton

Parents

Père

Du côté paternel, AB a des origines lorraines, contrairement à ce que laisserait entendre son patronyme. Soucieux de ses origines, AB a dressé lui-même, dans les années trente, son arbre généalogique remontant à ses arrières grands-parents {un autre état est conservé à la BLJD}

Le père, Louis-Justin Breton (Dans le Jardin de Gagny en septembre 1912, A la droite d’André son père et sa mère), né le 26 mars 1867 à Vincey (Vosges), mort le 10 novembre 1955 à Lorient), d’un père vigneron à Ubexy (Vosges), canton de Charmes, lieu de naissance de Maurice Barrès, qu’AB citera avec déférence : « Je ne suis pas loin de penser, avec Barrès, que “la grande affaire, pour les générations précédentes, fut le passage de l’absolu au relatif” et qu’“il s’agit aujourd’hui de passer du doute à la négation sans y perdre toute valeur morale” (Les Pas perdus, I, 194) avant de lui dresser procès en 1920 {voir ci-après}. La grand-mère paternelle d’AB, née Marie-Marguerite Adam, était brodeuse. Deux de ses enfants étant morts en bas âge, restait une fille, Lucie, demeurant à Ubexy, chez qui André ira passer des vacances jusqu’au début de la guerre de 1914. « Une photographie de la Vente Breton (lot 5087) le montre dans un groupe d’étudiants et d’enseignants dans une cour de la galerie des sciences de la Sorbonne (et non au collège Chaptal, comme il est dit sur la légende). Il l’envoie à sa tante Lucie à Ubexy. » Henri Béhar, André Breton, le Grand Indésirable, Paris, Fayard, note 33, p. 39, 2005. Texte manuscrit : « chère tante Lucie ; je pense te faire plaisir en t’envoyant cette photographie où je figure,… J’espère que tu es en bonne santé et t’embrasse très affectueusement. André. » Plus tard, le 29 avril 1949, il s’excusera auprès de Julien Gracq de n’avoir pu l’attendre à la fin de la représentation du Roi pêcheur, devant partir avec sa femme Elisa chez cette proche parente.

Louis Breton fournit un bel exemple d’ascension sociale sous la III République. À l’issue de l’école, muni du certificat d’études primaires, orphelin de père depuis un an, il s’emploie dans les petits commerces d’Ubexy. Soutien de famille, il est dispensé du service militaire. Il signe néanmoins un engagement volontaire de 5 ans dans l’armée. Incorporé le 15 mars 1888, au 62 régiment d’infanterie, à Épinal. Six mois après il est caporal-fourrier, sergent puis sergent-major, chargé de l’intendance d’une compagnie. À la fin de son contrat, il est versé dans la réserve. Il entre alors dans la gendarmerie. Un de ses supérieurs (qui fera une belle carrière et finira comme chef des services de santé de la région militaire de Nantes) lui présente sa sœur, Marguerite Le Gouguès, qu’il épouse à Lorient, le 2 septembre 1893.

Tinchebray (Orne)

Affecté à la compagnie de gendarmerie de l’Orne le 17 février 1894, Jules Breton s’occupe d’administration à Tinchebray, où, 2 ans après, naîtra son fils unique, André Robert Breton. La commune lui en sera reconnaissante puisqu’elle baptise de son nom l’école primaire et une rue.

AB se remémorera certaines images de sa petite enfance à Tinchebray : « je commence à croire à des robes plus bleues devant le lit au dessus de dentelle, ouvrage de ma mère. » (OC I, 60)

Côté maternel : Bretagne

Couvre lit de Mme Breton attendant son enfant
(G. Sebbag, L’Imprononçable
jour de ma naissance, 4 de couv.)

Outre ce couvre-lit qu’il conserva jusqu’en 1965, il évoque en contrepoint une gravure présentant la mort de Marceau, qui le terrorisait.

Marguerite Le Gouguès est née le 1er juillet 1871 à Lorient , où son père est charpentier à l’Arsenal, et sa mère, née Le Miloch, est brodeuse à domicile. Elle est d’une famille morbihannaise, de Rostrenen et de Plœrdut, dans les terres. Les frères et sœurs de ses parents ont exercé les professions de : marchande de fourrages, roulier, tanneur (mystérieusement disparu le jour de ses noces, son prénom André, sera donné au poète, comme pour lui transmettre sa liberté) ; l’inscrit maritime mourra à Saigon, tandis que le benjamin livrera des produits agricoles. AB a tenu à s’assurer lui-même de ses origines en allant consulter les registres de ses ancêtres dans les différentes mairies, conduit par Valentine Hugo, dans sa voiture, en compagnie de Georges Sadoul, en juillet 1931.

AB ne s’est guère exprimé sur sa mère, qu’il jugeait dévote à l’excès, imbue de la bienséance bourgeoise. Cela s’explique d’autant mieux quand on connaît ses origines modestes, sa formation limitée, et son besoin d’insertion sociale. Ainsi, on ne l’entendit jamais s’exprimer en breton, alors que les habitants du village d’où est issue sa famille tiennent, aujourd’hui, à parler cette langue. « Je ne parle à table qu’après ma mère (pour dire tout le contraire). » (Lettres à Simone, 30/08/20) C’est autant à cette mère mal aimante et peu aimée, qu’à son père qu’AB doit d’être un homme de la terre, comme le lui dira le peintre André Derain (OC I, 11 ; I 247).

Le fait que ses parents aient choisi de passer leur retraite à Lorient explique qu’AB ait passé fréquemment ses vacances au bord de la mer ou dans des îles.

1898

Louis Breton démissionne de la gendarmerie au bout de 4 années de service actif pour se rendre à Paris, 168, boulevard Montparnasse. Il travaille dans une librairie.

AB n’aura passé que ses 2 premières années à Tinchebray, ce qui ne lui aura pas laissé beaucoup de souvenirs : le couvre-lit confectionné par sa mère (voir plus haut), un chromo appendu au mur, « Les Âges de l’homme (ce chromo existe toujours) » écrit-il en marge du manuscrit des Champs magnétiques (Change, Le groupe, la rupture, p. 13).

Ensuite, élevé à Lorient par ses grands-parents bretons, notamment par son grand-père maternel, retraité de l’arsenal de Lorient. Celui-ci le mène aussi à Saint-Brieuc, qu’il évoque dans le même texte : « Je quitte les salles Dolo de bon matin avec grand-père. Le petit voudrait une surprise. Ces cornets d’un sou n’ont pas été sans grande influence sur ma vie. » (Les Champs magnétiques, I, 58). l’aïeul a passé un certain temps avec lui près de la fontaine et du lavoir, à Dolo (22270) ou encore à Ploufragan (22240), non loin de Saint-Brieuc, maison qu’il a revue, inchangée, en 1953, et devant laquelle il se fait photographier (Les Champs magnétiques (André Breton) (andrebreton.fr).

Cet aïeul l’a initié concrètement à la culture populaire bretonne, lui a expliqué l’usage des plantes, la rue pour soigner les cors au pied, la fleur de lis conservée dans l’alcool pour les coupures, qui lui a fait écouter le chant des lavandières et lui a conté les histoires effrayantes de korrigans, et même l’ankou, dont la charrette rouillée annonce les morts de l’année. Ce grand-père est mort à 80 ans à Lorient en décembre 1917, sa femme lui survivant jusqu’en 1922 (elle est morte à 83 ans).

1900

Louis Breton s’installe à Pantin (Mairie) avec sa famille. Il est alors comptable à la Cristallerie de Pantin, rue de Paris s (actuelle avenue Jean-Lolive), puis à celle des Quatre-Chemins, l’usine Legras, dont il deviendra le sous-directeur. (voir Enquête poétique sur les pas d’André Breton à Pantin par Julien Barret). Ils demeurent alors près de la manufacture d’allumettes. Paul Valéry enviera ainsi le jeune Breton d’évoluer « parmi les jupons des cocottes », (Entretiens, OC III, 434).

À la fin de la Première Guerre mondiale, Louis se retire à Lorient, à moins de cinquante ans, faisant fructifier les actions et obligations acquises par des placements de père de famille. Il y fait construire deux immeubles de rapport. En 1935, il acquiert par adjudication un terrain de la ville, rue Léo Le Bourgo, sur lequel il édifie une solide demeure de deux étages avec deux garages (elle résistera aux bombardements alliés de 1943-1944). Par délibération en date du 10/04/1987, le conseil municipal a créé la rue André Breton au centre ville.

Lorsque son fils décide d’abandonner ses études de médecine, il intervient auprès de Paul Valéry (voir Louis Breton à Paul Valéry, Lorient, 22 mars 1920) pour tenter de le ramener à la raison, et le remercier de son intervention auprès d’employeurs potentiels (ses lettres, conservées à la BnF, sont d’une belle élégance de style). Tandis que sa femme refuse de se rendre au mariage strictement civil d’André avec Simone Kahn, il y fait bonne figure.

Octobre 1900 à Pantin, AB fréquente l’École maternelle Sainte-Élisabeth 5 rue Thiers (devenue rue Condorcet).

1901

2 octobre 1901 Entre à l’École primaire communale Sadi Carnot. Il relatera certains souvenirs de classe : « Ils me rappelaient aussi ma lointaine enfance, le temps où, à la fin des classes, des histoires beaucoup plus terrifiantes, dont je n’ai jamais pu savoir où il les prenait, nous étaient contées, à moi et à mes petits camarades de six ans, par un singulier maître d’école auvergnat nommé Tourtoulou. » (AB, Les Vases communicants, II, 174)

Instituteur : M. Tourtoulou. Né en 1861, entré dans l’enseignement primaire en octobre 1880, versé dans le personnel de la ville de Paris en 1905. Il habitait alors rue Pelleport, dans le XXᵉ arrondissement (cf. Annuaire de l’enseignement, 1906). voir Dictionnaire André Breton, art. Château et art. Enseignement, voir le Maitron Tourtoulou.

Hommage de Pantin à Breton, salle à son nom 25 rue du Pré Saint Gervais, 93500 Pantin. Ainsi qu’une médiathèque aux 4 chemins, Aubervilliers : https://www.tourisme93.com/mediatheque-andre-breton-aubervilliers.html

Pour ce qui concerne l’atmosphère de Pantin qui a inspiré le futur auteur de L’Amour fou, voir un ensemble de cartes postales anciennes.

6 août 1905

Obtient le prix d’honneur, et le premier prix en lecture, histoire, sciences, géographie et instruction civique, le deuxième prix en calcul et travaux manuels, le troisième en dessin. « je descends un escalier monumental avec des livres de prix. Je ne revois de l’école que certaines collections de cahiers. Les Scènes pittoresques avec ce chiffonnier si rare, les grandes villes du Monde (j’aimais Paris) » (Saisons, I, 59). Il reçoit plusieurs livres de prix, dont Costal l’Indien de Gabriel Ferry : « La splendide illustration des ouvrages populaires et des livres d’enfance, Rocambole ou Costal l’Indien, dédiée à ceux qui savent à peine lire, serait une des seules choses capables de toucher aux larmes ceux qui peuvent dire qu’ils ont tout lu. » (I, 239)

« Je fais ce que je peux pour que mes parents aient du monde le soir. » (OC I, 59)

1906

En « première supérieure » à l’école communale, il prépare le concours d’entrée au Collège Chaptal, et s’initie à l’allemand, il acquiert les matières de la classe de 6 sous la direction d’un seul maître, M. Simonnot.

L’enfant « S’inspire des boîtes qu’il a reçues pour sa communion » (I, 96) De même, « Je fais ce que je peux pour que mes parents aient du monde le soir. » (I, 58) : Il apprécie les journées passées fans les jardins ouvriers de la commune. Plus généralement, il conservera un souvenir ému du canal de l’Ourcq, de l’atmosphère des Quatre Chemins, qui reviendront à propos de Jacques Vaché, des projets de visites Dada et surtout de Suzanne Muzard, l’héroïne de L’Amour fou, elle-même née dans la commune voisine d’Aubervilliers.

1907–1913 André Breton élève au collège Chaptal (Paris)

2 octobre 1907 – Entrée au Collège Chaptal, 45, boulevard des Batignolles, directement en classe de 5ᵉ.. À l’époque, la ville de Paris gère cinq établissements d’enseignement secondaire, de caractère moderne (sans latin ni grec) dénommés « collèges » pour les différencier des lycées d’État.

AB y est pendant 6 ans demi-pensionnaire, de 8 heures à 16 h 30.

« Voyage aller et retour en troisième s’effectuant au rappel de la leçon du lendemain ou des grands pièges bleus de la journée. » (I, 59)

Il écrit qu’il prend le train de Pantin jusqu’à la gare des Batignolles. Comme le montre Julien Barret : https://autour-de-paris.com/project/enquete-poetique-sur-les-pas-andre-breton-pantin, il prend plus vraisemblablement plusieurs transports en commun accessibles durant toute sa scolarité : le train puis le métro…

A 12 ou 13 ans Ses parents le récompensent par une petite somme avec laquelle il s’achète un premier fétiche (objet de l’île de Pâques, mentionné dans Nadja : « de l’île de Pâques, qui est le premier objet sauvage que j’aie possédé, lui disait : « Je t’aime, je t’aime. » (OC I, 727).

1910

Juillet. à la fin de l’année de 3, appréciation du directeur du Collège sur son livret scolaire : « Le zèle de cet élève s’est maintenu jusqu’à la fin de l’année scolaire. Plusieurs bons classements l’ont récompensé de ses efforts ».

Passe des vacances en Allemagne. Il découvre la Forêt-Noire, il améliore sa pratique de la langue (chaque jour un cours de deux heures).

1910-1911 classe de 2 D

« C’est à la manière de réciter La Jeune Captive que je choisis mon premier ami. » (OC I, 59) Il s’agit de Théodore Fraenkel (1896-1954), voir ses Carnets 1916-1918. Il est son cadet de 2 mois et se retrouve alors dans la même section. Élève brillant mais fumiste, souvent consigné. Il suivra des études de médecine comme AB, et seront très liés jusqu’en 1930. Il terminera sa carrière comme médecin de quartier, après avoir été chef de service à l’hôpital public. Poète secret, il était aussi un artiste par ses collages et ses sculptures. Gérard Guégan lui a consacré une biographie passionnée.

En seconde, AB déplore l’extrême classicisme de son professeur de français. Il est séduit par Alfred de Vigny, dont La Maison du berger et Stello dont il écrira : « de la lecture de stello dans ma jeunesse, la mémoire affective qui seule surnage persiste à me faire valoir, spécifiquement, un sentiment tragique et distant de la vie, dont je vois mal comment on pourrait contester la noblesse. » (voir ses variations sur https://www.andrebreton.fr/person/12999)

1911

La ville de Paris lui accorde une bourse de demi-pension.

En classe de 1ʳᵉ, c’est un professeur de lettres suppléant, Albert Keim (1876-1947), docteur es lettres avec une thèse sur Helvétius, et lui-même poète (Un poème d’âme.), qui lui fait connaître Baudelaire, Mallarmé, Huysmans, les symbolistes.

AB écrit son premier poème, « Rêve » (OC I, 29). Le second, Éden, est dédié à son professeur de lettres (OC I, 30).

Premiers poèmes publiés sous le pseudonyme anagrammatique de René Dobrant, dans un journal scolaire, Vers l’idéal, animé par René Hilsum (1895-1999). Précoce, celui-ci animait un groupement socialiste, « La Guilde vers l’Idéal », pour former de futurs militants. « Il fera bien de renoncer aux études ou aux préoccupations étrangères qui l’en détournent. » note le directeur de Chaptal à la fin de l’année. Exclu du collège, cela ne l’empêcha pas de fréquenter Fraenkel et AB, à qui il procurait des revues, et d’animer, deux ans après, un mouvement contre l’obligation militaire portée à 3 ans ! Nous le reverrons bientôt avec ses deux amis dans le mouvement Dada.

1912-1913 classe de philosophie

Détail d’une photo de classe collective AAB : Photographie de classe d’André Breton (André Breton) (andrebreton.fr)

Il y retrouve Théodore Fraenkel. Leur professeur de philosophie, André Cresson (1869-1950) vient d’être nommé à Chaptal. Admirateur de Kant (sur lequel il a soutenu sa thèse de doctorat), il est fort éloigné de Hegel dont AB « pressent » l’œuvre à travers les sarcasmes du maître. Son carnet de notes s’en ressent. Au troisième trimestre, on juge qu’il doit acquérir « maturité d’esprit » tandis que Fraenkel est qualifié d’« élève intelligent qui a très bien travaillé en philosophie et y a manifesté des aptitudes excellentes »

Attiré par la peinture contemporaine. Les promenades dominicales avec ses parents, de la gare de l’Est à l’église de la Madeleine, le conduisent à s’arrêter devant la Galerie Bernheim-Jeune :

« La seule issue que ces promenades présentaient pour moi est que j’obtenais d’entrer quelques minutes à la Galerie Bernheim, où peut-être un ou deux Matisse étaient exposés. […] Les toiles exposées n’étaient pas changées bien souvent mais n’importe si c’était La Joie de vivre par exemple, la joie de vivre je crois que je l’ai prise là. » écrit-il à Matisse le 5 février 1948 (Archives Matisse, AB la beauté convulsive, p. 86).

Révélation de la beauté au musée Gustave Moreau. « Il a conditionné pour toujours (sa) façon d’aimer » (IV, 785).

28 mars 1913 Durant les congés de Pâques, visite le salon des Indépendants, des galeries, le musée du Luxembourg. Admire Bonnard, Vuillard, K. X. Roussel, Signac, doute de la valeur et de la sincérité des toiles cubistes et futuristes (lettre à T. Fraenkel, in Marguerite Bonnet, André Breton, naissance de l’aventure surréaliste, Corti, 1975, p. 34).

Même période : compose des poèmes et lit Albert Samain, Henri de Régnier, Maeterlinck, Mallarmé, dont il admire la « tenue ». Considère La Dame à la faulx de Saint-Pol Roux, comme chef-d’œuvre du théâtre symboliste (OC III, 429 sq.)

Dimanche 25 mai 1913 : Manifestation au Pré-Saint-Gervais, discours de Jaurès (SFIO) contre la loi portant le service militaire à 3 ans. AB y participe avec son père. « Le drapeau rouge, tout pur de marques et d’insignes, je retrouverai toujours pour lui l’œil que j’ai pu avoir à dix – sept ans, quand, au cours d’une manifestation populaire, aux approches de l’autre guerre, je l’ai vu se déployer par milliers dans le ciel bas du Pré Saint – Gervais. Et pourtant – je sens que par raison je n’y puis rien – je continuerai à frémir plus encore à l’évocation du moment où cette mer flamboyante, par places peu nombreuses et bien circonscrites, s’est trouée de l’envol de drapeaux noirs. » (Arcane 17, OC III, 41).

30 juin 1913 : AB obtient le baccalauréat.
Vacances d’été à Lorient.

Août 1913. Nombreuses lectures. Découvre Villiers de l’Isle Adam, Péladan, Jean Lorrain, apprécie la vérité du premier Huysmans, déteste Maupassant, juge Maurice Barrès « d’une très grande profondeur et d’une philosophie souvent admirable, en même temps que d’un symbolisme intégral… » En poésie, il admire toujours Saint-Pol Roux, Francis Viélé-Griffin, René Ghil, Jean Royère, Apollinaire. Ne s »émeut pas du futurisme de Marinetti… (lettre à T. Fraenkel, in Bonnet, ibid. p. 27).

En 1965, AB refuse de revenir sur son passé scolaire : (lettre d’un professeur de Chaptal),
Une salle d’examen du lycée Chaptal porte désormais son nom.

Octobre 1913 Inscrit à la Faculté des sciences (Sorbonne) pour y préparer le PCN (certificat d’études physiques, chimiques, naturelles). Carte d’étudiant n° 294. Y retrouve Fraenkel, Hilsum.

Au journaliste qui lui demande, en 1952, de parler des déterminants de sa jeunesse, AB répond : « Force m’est, pour vous répondre, de me considérer beaucoup plus tard, disons au sortir de l’adolescence, c’est-à-dire au moment où je me connais déjà un certain nombre de goûts et de résistances bien à moi. Ce moment peut être fixé à 1913. » (OC III, 428)

1914

Suit les cours et travaux pratiques assidûment, mais son esprit est ailleurs. Fréquente les matinées poétiques, s’arrache aux revues littéraires, apprend par cœur les poèmes de Valéry, fasciné par le silence du poète depuis quinze ans.

7 mars [1914] AB écrit à Valéry que M. Teste est « un des plus incontestables chefs-d’œuvre du symbolisme ».

15 mars 1914 : Paul Valéry l’accueille chez lui et l’observe « d’un très bleu transparent de mer retirée » (OC III, 434). AB lui soumet le poème « Rieuse » et lui confie qu’il recherche en poésie « un trouble physique caractérisé par la sensation d’une aigrette de vent aux tempes » (OC II, 678). Une relation intime et confiante entre eux s’étend jusqu’en 1925.
Mars 1914, La Phalange (dir. Jean Royère) publie 3 poèmes d’AB.

Juin 1914 : AB à Lorient chez ses parents révise pour l’examen du PCN auquel il échoue.
3 août 1914 : déclaration de guerre de l’Allemagne à la France. Mobilisation générale.

« la nouvelle de l’assassinat de Jaurès [31 juillet] m’a très douloureusement ému, plus peut-être que l’éventuelle déclaration de guerre ne saura le faire » (AB à TF, M. Bonnet, AB…, p. 65.)

Daté août 1914, le poème « Hymne » (OC I, 8) reflète son état d’esprit à l’égard du conflit.
Sous l’emprise de Rimbaud : Une saison en enfer, « chef-d’œuvre de la perversité ».

24 septembre : obtient le PCN.
29 septembre : s’inscrit à la Faculté de médecine de Paris.
Les cours reprennent comme s’il n’y avait pas de guerre. AB les suit régulièrement, apprend par cœur les leçons d’anatomie. Demeure chez ses parents, 70, route d’Aubervilliers à Pantin (aujourd’hui avenue Édouard-Vaillant).

Potlatch André Breton complément

Potlatch André Breton complément

Dans le recueil Potlatch André Breton ou La Cérémonie du don, publié en 2020 par les Editions Du Lérot à Tusson, je pense avoir démontré que, s’il recevait un ouvrage muni d’un « envoi » autographe signé par l’auteur, André Breton ne tardait pas à lui faire le contre-don d’un de ses propres livres, récemment paru, ou encore adapté à l’image qu’il se faisait du signataire. Mais il est évident qu’il prenait souvent l’initiative de faire don d’un de ses ouvrages, orné d’un envoi spécifique, à ses meilleurs amis et à ses relations.
Je poursuis cette démonstration ci-après, dans un recueil complémentaire  numérique au format PDF. Selon son goût, le lecteur pourra le lire directement sur écran ou bien l’imprimer pour insérer les pages dans le volume sur vélin de l’édition première.

Prière d’adresser vos observations et compléments éventuels à : hbehar[at]sfr.fr

[Télécharger cet ouvrage en PDF]

André Breton, index des Oeuvres complètes

Index des Œuvres complètes de A. Breton

Breton

On trouvera ci-dessous, dans un premier temps, l’index alphabétique général des Œuvres complètes d’André Breton. Il s’agit en fait de tous les ouvrages parus de son vivant, ayant fait l’objet, la plupart du temps, d’une édition en livre de poche. Ce sont donc tous les mots (noms communs et noms propres, avec capitales ou non) employés par l’auteur, classés dans l’ordre alphabétique, avec, accolé sur la même ligne, leur nombre d’occurrences dans ce corpus. Sauf erreur de ma part, on peut dire, en simplifiant, qu’André Breton a un vocabulaire de 42.353 formes. Au lecteur de décider s’il est riche ou non, plus recherché ou plus complexe que celui de Racine, de Victor Hugo ou de l’un des poètes de sa génération. L’intérêt immédiat de cette liste est qu’elle permet de voir les mots utilisés par l’écrivain, et ceux qui, par défaut, sont exclus de son vocabulaire. Rappelons, pour finir, que tout calcul scientifique admet une approximation de +_ 5%.
Logiciel utilisé: TXM de l’ENS de Lyon.
Je remercie particulièrement Michel Bernard 
qui a bien voulu m’accompagner, à nouveau, dans cette aventure numérique.

Je remercie Étienne Brunet (Université de Nice), dont le logiciel Hyperbase m’a servi à élaborer cet index alphabétique.

[Télécharger l’index _AB_TXM au format PDF]   

Nos outils nous offrent d’autres classements qui seront d’un grand intérêt pour le chercheur et même l’amateur.
Voici un index avec la référence des pages dans l’édition de la Pléiade. Pour alléger le fichier, j’en ai retiré les pronoms et particules  trop fréquents.

 [Télécharger l’index _réf_p.  au format PDF]

Enfin, pour faire œuvre décidément utile, voici la concordance, lettre par lettre, issue du même fichier Œuvres complètes, avec l’indication de la page dans la Pléiade. Les fichiers Epub sont lisibles aussi bien sur votre tablette que sur ordinateur.

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CC